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Un blog pour les passionnés de dessin, de peinture, et d' arts plastiques.
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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 08:15

 

... où l'on retrouve des thèmes récurrents de son oeuvre et aussi dans "l'air du temps" de cette époque impressionniste...


Je vous invite à regarder d'un peu plus près :


 

Jeune femme à sa toilette  :

1880 - huile sur toile ( 60,3 x 80,4 cm) Art Institute de Chicago


jeunefemmededosàsatoilettte

Dès 1876, Berthe Morisot aborde le thème de "la toilette" mais sans jamais vraiment aborder le nu féminin.

Ces femmes représentées dans un moment intime de leur journée ne laissent pas voir grand chose de leur corps... tout juste une épaule est-elle dévoilée...


Il faut dire qu'à cette époque, les femmes n'ont pas encore accès à l'École des Beaux Arts et donc pas aux classes de nus.

 

C'est à partir de 1890 qu'elle osera vraiment s'attaquer à ce thème ; après avoir visité en companie de Mary Cassat, une exposition à l'école des Beaux Arts, où elles découvrent une estampe d'Hokusai... "Femme se coiffant" ( des années 1800).


Hokusai'

 

Chacune en livreront des versions différentes ...

Parmi celles-ci :

 

FemmeMorisot

Berthe Morisot 

1890 ?         

Crayon                    

30 x 20 cm

Collection Musée d'Orsay

 

MaryCassat (1)

Mary Cassat

Pointe sèche et aquatinte sur Papier

1890-91

36,2 x 26,7 cm

  Chicago (Illinois), États-Unis

 

"Fillettes à la fenêtre" :

1892 - huile sur toile (65x 49 cm) (Collection particulière-Indonésie)


 

Fillettes à la fenêtre

 

Eugène est mort en avril de la même année ...

Berthe est désespérée :

"...Je n'ai plus envie de vivre ... " écrit-elle.

 

Elle surmonte sa douleur en réalisant le projet d'une exposition qu'Eugène venait de négocier avec le galerie Boussod- Valadon : 40 huiles, des pastels, des aquarelles, des dessins....

L'exposition a lieu du 25 mai au 18 juin et suscite de nombreux éloges, notamment de ses "collègues" peintres et des autres peintres impressionnistes.

 

Tout juste après, elle part pour un court séjour au château du Mesnil dont les Manet se sont portés acquéreur à l'automne précédent.

 

Elle s'y sent "mortellement triste"

... elle peint :

 

La toile :

     Sur le rebord de la fenêtre, deux fillettes sont assises sur le rebord d'une fenêtre : l'une de profil regarde l'autre qui tient un petit chat endormi entre ses bras.

Cette dernière nous fait face, son regard "rêveur" semble se porter sur le chat  qui se tient devant les fillettes et qui nous tourne le dos. La mère du chaton ? ....

Derrière la fenêtre, un paysage ; " un fond de pins et de plate-bandes du jardin , les arbres taillés" ( Journal de Julie Manet)

Une grande luminosité baigne la toile.

 

Le thème de la fenêtre est très présent dans l'oeuvre de Berthe Morisot.... et plus largement c'est un thème assez courant de cette "peinture moderne" : lieu où se situe l'échange entre intérieur et extérieur.

Fermée, l'intérieur est plus présent ... ouverte,  le regard et la pensée s'évade vers un ailleurs.

Fenêtre ouverte, enfants et chaton font ici acte de renouveau.

 

Cette huile est l'une des plus aboutie de l'oeuvre de Berthe Morisot, avec une fraîcheur de tons et une luminosité incomparables.

 

Ces deux toiles vous inspirent aussi ! .... Nicole INicole pour "la femme de dos..."

 

 

Mireille DMireille pour "les deux fillettes "

....

Et vous quels sont les tableaux qui vous ont inspirés ?

Pour cet article , je me suis beaucoup inspirée des livres que je vous ai cités ici.

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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 11:35

 

 

" Je ne vois pas qu'il y ait jamais un homme traitant une femme d'égale à égal et c'est tout ce que j'aurais demandé, car je sais que je le vaux"

Berthe Morisot 1890

 

Outre le combat commun que Berthe mena avec ses camarades pour faire reconnaître cette peinture nouvelle au tournant du siècle, elle dut aussi surmonter le "handicap" d'être une femme et c'est près de 10 ans après la 1° exposition impressionniste qu'elle écrit :

 

" Je commence à entrer dans l'intimité de mes confrères les impressionnistes"

  (1884)


L'été"L'été" 1876

 

Degas précisant :


" Il lui aura fallu une vingtaine d'années pour être considérée comme étant du bâtiment"

  01 La Leçon de couture"La leçon de couture" 1884

 

  Ces  impressionnistes, "révolutionnaires malgré eux", ..... en lutte contre la peinture d'atelier officielle peignaient le plus souvent des motifs du quotidien, en plein air, d'une peinture « rapide » qui mettait évidence, les jeux de lumière, le mouvement et les … impressions... 

 Avec Camille Pissarro, Berthe Morisot sera la seule artiste qui aura participé à toutes les expositions impressionnistes (sauf celle de 1879, année de la naissance de sa fille).


Malgré l'adversité de ses contemporains, elle poursuivra cette voie novatrice en apportant au sein du groupe impressionniste une touche personnelle, vigoureuse et poétique à la fois. 

 

Elle réalise de nombreux paysages, mais les portraits féminins sont très largement dominants : "effet de miroir" sur les femmes de son époque, elle puise dans son environnement immédiat des scènes la vie quotidienne et des sujets liés à sa vie personnelle. ( comme sa contemporaine et amie américaine, Mary Cassat)  

 

Ses tableaux paraissent pris sur le vif et spontanés, mais en réalité elle fait souvent toute une série de dessins et études préparatoires.

cueillette (1)

 

 

 

 

cueillette (2)

 

 

 

 

 

 

 

 

Etude pour "Le cerisier" - sanguine

1891

 

 

 

Etude pour "Le cerisier" - aquarelle

1891

cueillette (3)"Le cerisier" - Huile sur toile

154 x 84 cm - Musée Marmottan

1891

 

Perfectionniste, jamais satisfaite de son travail, elle travaille parfois pendant plusieurs mois à un même tableau.


" Les formes sont toujours vagues dans les tableaux de Mme Berthe Morizot, mais une vie étrange les anime. L'artiste a trouvé le moyen de fixer les chatoiements, les lueurs produites sur les choses et l'air qui les enveloppe .. le rose, le vert pâle, la lumière vaguement dorée, chantent avec une harmonie inexprimable. Nul ne représente l'impressionnisme avec un talent plus raffiné, avec plus d'autorité que Madame Morisot ". Gustave Geoffroy "L'exposition des artistes indépendants" -

La Justice 19 avril 1881 -


« Parlez-moi de Mlle Morisot ! Cette jeune personne ne s'amuse pas à reproduire une foule de détails oiseux. Lorsqu'elle a une main à peindre, elle donne autant de coups de brosse qu'il y a de doigts, et l'affaire est faite. Les niais qui cherchent la petite bête dans une main n'entendent rien à l'art  impressif, et le grand Manet les chasserait de sa république » 

Le critique Louis Leroy


De même, ses peintures, si sensibles, douces et d'une apparente légèreté, ne semblent pas être en accord avec sa personnalité que certains qualifient de froide et hautaine, elle ne se livre jamais en société, seule sa peinture reflète son être intérieur.

 

 

 

"Mes souvenirs sont en moi, impérissables, et à ma mort n'intéresserront plus personne.J'ai toujours eu beaucoup de peine à me détacher des lieux, des personnes et même des bêtes, et le plus joli, c'est qu'on me croit l'insensibilité même ".

(1893)

 

 

Les oeuvres de Berthe Morisot sont présentes dans le monde entier: de la National Gallery of Art (Washington) au Musée d'Orsay; de Marmottan ( Paris) au Toledo Museum of Art et au Minneapolis Institute of Art et à la National Gallery de Londres ...

 

En savoir plus : 

 - Dominique Bona, "Berthe Morisot, le secret de la femme en noir", Editions Grasset et Fasquelle, 2000.

- Berthe Morisot - "Regards pluriels" - Mazzotta


 

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 07:27

 

 

15 avril 1874, 

c'est la « révolution ».... 

Trente jeunes artistes, quinze jours avant l'ouverture du Salon officiel, accrochent dans les ateliers du photographe Nadar,  près de deux cents tableaux . 

Véritable choc... Rupture avec la tradition....

Parmi ces artistes... 

Monet, Renoir, Cézanne, Silsey … 

et

          une femme,  

       Berthe Morisot.... 


berthe-morisot-en-1875Berthe Morisot en 1875

  

C'est le 14 janvier 1841 à Bourges dans le Cher que nait Marie Pauline Berthe Morisot  où son père, Edme Tiburce Morisot, est préfet.

Elle est l'arrière petite-nièce du peintre Jean Honoré Fragonard.

Après plusieurs déménagements la famille s'installe à Passy et à Paris définitivement en 1852. Cette même année, sur les conseils de Rossini, leurs parents font prendre à Berthe et à sa soeur Yves, des leçons de musique chez Stamaty fils.   

C'est là que Berthe éprouve sa première émotion d'artiste en découvrant un dessin d'Ingres.


 A partir de 1855, Berthe prend donc des cours de dessin, en compagnie de ses deux soeurs, Yves (qui deviendra "Madame Théodore Gobillard", dont il existe un portrait par Degas) et Edma.


Après le mariage de leur soeur aînée, seules Edma et Berthe continueront de prendre des leçons de dessin :  avec Chocarne, puis avec Joseph Guichard et à partir de 1860, avec Corot, dans son atelier de Ville d'Avray.

Les leçons du paysagiste Corot enrichissent la formation stylistique de Berthe.

Mais c'est grâce à Oudinot, son nouveau professeur, que Berthe peut exposer deux toiles au Salon en 1865.


(...) Je citerai encore deux petites toiles que j'ai découvertes par hasard pendant mes promenades désolées dans la solitude nue du Salon. Ce sont des paysages de Mlles Morisot - deux sœurs, sans doute. Corot est leur maître, à coup sûr. Il y a, dans ces toiles, une fraîcheur et une naïveté d'impression qui m'ont un peu reposé des habiletés mesquines, si goûtées de la foule. Les artistes ont dû peindre ces études-là en toute conscience, avec un grand désir de rendre ce qu'elles voyaient. Cela a suffi pour donner à leurs œuvres un intérêt que n'offrent pas bien des grands tableaux de ma connaissance. 

Emile Zola - Mon Salon 1868


Berthe et Edma font leurs premières copies au Louvre en 1858. A cette époque c'est le lieu de rencontre des artistes.

Leur rencontre avec Fantin – Latour permettra à Berthe de rencontrer dix ans  plus tard, Edouard Manet.

 En 1867, Berthe a fait la connaissance de Pierre Puvis de Chavannes, de dix-sept ans  son aîné. Une amitié amoureuse s'installe entre eux, mais de Chavannes ne se décidera jamais à faire la demande officielle que Berthe attendra en vain pendant des années.

 

         En 1868 donc, Berthe rencontre Manet : cette rencontre marque un tournant dans sa carrière artistique. En effet, la peinture de Manet fait alors scandale.

Une belle entente s'instaure entre les deux artistes et Manet influence beaucoup Berthe.

Elle devient aussi le modèle d'Edouard ( « Le Balcon », « Le Repos », « Berthe Morisot au bouquet de violettes ») et il lui fait connaître les peintres d'avant-garde tels qu'Edgar Degas, Claude Monet, Auguste Renoir et Alfred Sisley.


BertheMorisot"Berthe Morisot au bouquet de violettes "

par Manet - 1872 -

 

C'est avec eux que Berthe participe donc à l'aventure de l' « impressionnisme » ( malgré l'avis contraire de Manet qui préfère ne pas adhérer au nouveau groupe et craint qu'elle n'y perde aussi son talent)

 

À trente-trois ans, après avoir refusé de nombreuses demandes en mariage, Berthe se marie avec Eugène Manet, le frère d'Edouard.


EugèneManet1875"Eugène Manet à l'île de Wight" - 1875


De leur union naît Julie, en avril 1879, que l'on retrouve sur de nombreuses toiles de sa mère.


Julie Manet 1894julie

Julie à 16 ans         

et "Julie rêveuse" 

1894

       Berthe travaille beaucoup, mais mène aussi une vraie vie mondaine, et ce bien avant son mariage avec Eugène Manet.
Avec sa soeur, Edma, elle fréquente les " jeudis" de Madame Auguste Manet, se rend chez le père de Degas, où on fait de la musique ...etc...

A cette époque,c'est aussi de cette façon que l'on démontre que l'on fait bien partie de la "société artistique".


En 1892, Berthe a sa première exposition personnelle à la galerie Boussod et Valadon, quelques mois après avoir perdu son mari.


1885-Berthe-Morisot

"Autoportrait" 1885

 

Le couple avait pris des dispositions devant notaire pour confier la tutelle de leur fille Julie à leur ami et poète Stéphane Mallarmé et à Pierre-Auguste Renoir, son éducation de peintre.

 

Berthe Morisot tombe malade à la mi-février 1895.

Elle meurt d'une pneumonie le 2 mars 1895 à Paris et lègue la plupart de ses œuvres à ses amis artistes : Degas, Monet, Renoir.

 

Malgré sa riche production artistique, le certificat de décès mentionne :

"sans profession".


Elle est enterrée dans le caveau des Manet au cimetière de Passy.

Il est simplement gravé : "Berthe Morisot, veuve d'Eugène Manet".

 

 

Pour le premier anniversaire de sa mort, une rétrospective fut organisée dans la galerie de Paul Durand-Ruel avec 394 toiles, dessins et aquarelles, exposés.

 

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 08:38

 

Tout au long de sa vie Artemisia ne cessera jamais de peindre et d'améliorer son style, «  s'attaquant » à des sujets et des thèmes plutôt traités à son époque par des artistes« masculins ».

Ainsi « l'histoire de Judith tuant Holopherne »,

  l'un des thèmes récurrent dans la peinture religieuse, alors.

L'histoire de Judith est racontée dans un livre de la Bible : « Le Livre de Judith » ( il fait partie des livres canoniques, mais les protestants le classent comme apocryphe) 

 

Pour mieux comprendre, un petit résumé de l'histoire ! 

« Dans la 12eannée de son règne, année où il se dit être «le maître du monde », Nabuchodonosor II roi d’Assyrie bat les Mèdes et envoie le général Holopherne châtier les peuples de l'ouest qui ont refusé de le soutenir dans la guerre qu'il a menée contre le roi perse Arphaxad.

A la tête d'une immense armée, Holopherne avance, détruisant et exigeant que Nabuchodonosor soit honoré comme un dieu.

Après avoir pillé, tué et ravagé dans tout le Proche-Orient, Holopherne assiège Béthulie, une ville juive (probablement Massalah), qui résiste.

Il fait boucher alors la source qui alimente la ville en eau.

Assoiffés, les Béthuliens désespèrent et sont sur le point de se rendre quand, Judith, jeune veuve de Manassé, d'une grande beauté et réputée pour sa piété et sa sagesse, prend la décision de sauver la ville.

Avec sa servante et des paniers remplis de présents, elle pénètre dans le camp d'Holopherne, parée de ses plus beaux bijoux, et fait croire qu’elle apporte de précieuses informations sur les Juifs.

Judith reste 3 jours dans le camp,

et chaque soir se dirige vers un torrent

à l'extérieur

pour s'immerger et se purifier..

Holopherne,tout de suite séduit par sa beauté et son intelligence, organise un grand banquet en son honneur, à la fin duquel ses domestiques se retirent discrètement pour ne pas troubler la nuit qui … semble s'annoncer !

Mais Judith continue d'enivrer Holopherne jusqu'à ce que, hors d'état de se défendre, elle le décapite avec l'aide de sa servante ... et du cimeterre du dit Holopherne!

Elle ramène la tête d’Holopherne dans son panier en se dirigeant comme les autres soirs vers le torrent ….

Les Béthuliens attaquent alors et mettent en déroute les Assyriens qui,de leur côté, découvrant au matin leur chef assassiné, sont pris de panique et s'enfuient."

 Cette histoire a inspiré de nombreux artistes : des peintres, des sculpteurs, et se retrouve aussi dans de nombreuses oeuvres littéraires ou théâtrales..

Donatello, Botticelli, Mantegna, Giorgone, Le Titien, Cristofano Allori, Rubens, Le Caravage, Horace Vernet... jusqu'à Klimt ont travaillé le sujet....

Cette histoire est devenue un mythe.


Artemisia Gentileschi consacrera cinq tableaux à cette histoire.


Sans nul doute que cette histoire " biblique" fait écho à la propre violence qu'elle a du subir

( cf ici )

 

Et de fait il y a une "grande différence de ton" lorsque l'on compare les oeuvres d'Artemisia et celles de ses "collègues" masculins mais aussi entre Artemisia et d'autres femmes contemporaines qui ont traité ce même sujet (ex : Lavina Fontana ou Fede Galizia...)

 

 

 

Artemisia Gentileschi-Judith décapitant Holopherme 1612

Artemisia Gentileschi (1612)

 

En mettant en parallèle, par exemple, la Judith du Caravage et celle d'Artemisia,

la différence saute tout de suite aux yeux...


CaravageJudithLe Caravage ( 1598)

 

- en premier, le contraste se situe dans la composition et le sens choisi ( l'un en hauteur, l'autre en largeur) du tableau.

 

- chez Artemisia, la scène est resserrée, les femmes actives l'une et l'autre maintiennent fermement Holopherne; le centre du tableau passe par "le coeur" de l'action et donne cohésion à la scène dans un mouvement circulaire autour de ce même centre ( position des têtes, des bras ...).

- chez le Caravage, les femmes semblent " décentrées" par rapport à l'action, le tableau est scindé en deux parties; les femmes sont actrices mais donne l'impression de l'être malgré elles... elle semblent plus spectatrices. Le geste est toujours au centre du tableau, mais là au lieu de faire cohésion à l'ensemble, il semble les séparer...d'un côté Holopherne... de l'autre Judith et sa servante.

 

 - "Les Judith" sont là deux femmes différentes:

 

- celle d'Artemisia, est forte, déterminée, accomplissant son geste avec calme et "soutenue" par sa servante, jeune qui participe aussi à l'action. On les retrouve complices... de même dans le tableau suivant où elles emportent la tête d'Holopherne et semblent en plein conciliabule.

- la Judith du Caravage, est plus menue et apeurée; elle se tient le plus loin possible, essayant d'éviter le sang qui coule de l'autre côté; sa servante semble plus déterminée mais a un rôle passif qui "déteint" sur l'attitude de la jeune fille. Elle semble agir malgré elle, semble passive, et a une mine de dégoût.

 

Judith et sa servanteArtemisia

 

Si  Le Caravage représente une Judith passive et craintive, conformément à l'idée que l'on se faisait de la femme à son époque, la composition et la réalisation des tableaux d'Artemisia "sonnent" comme une vengeance liée aux traumatismes de sa propre vie ....

 

A notre époque, ces sujets "n'ont plus cours" bien que d'autres violences soient aussi souvent exprimées dans l'art ... mais autrement!

Il est intéressant de comprendre à chaque époque et à travers chaque oeuvre, les intentions de l'artiste... et remettre l'oeuvre dans son contexte...

 

Ce qui nous permet de mieux comprendre et apprécier !

 

Si vous voulez découvrir encore et plus sur Artemisia , deux excellents livres :


- " Les femmes peintres " de Clarisse Nicoïdski chez Lattès

- "Artemisia" d'Alexandra Lapierre chez Robert Laffont


et un film :

- " Artemisia" d' Agnès Merlet ( 1997) avec Valentina Cervi et Michel Serrault ...

 

 

 

  Double cliquez sur la vidéo pour mieux la voir !


 

 

 

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 08:15

 

Artemisia Gentileschi (8 juillet 1593 - v. 1652)

 

Peintre exceptionnel, Artemisia fut une vraie novatrice, au même titre que ces artistes de la Renaissance dont la formation exige désormais de nombreuses connaissances : mathématiques, perspective , anatomie... et qui veulent surtout exercer une activité artistique au nom de la liberté individuelle... 


Femme exceptionnelle, sa vie est un vrai roman...


Autoportrait

"Autoportrait - Allégorie de la peinture" 1638-39

Huile sur toile - 98,6 x 75,2 cm

Collection de la reine Elisabeth II.

 

Née à Rome en 1593, elle est la fille du peintre Orazio Gentileschi (ami du Caravage) et de Prudenza Montone, qui décède peu après l'avoir mise au monde.


Dès son plus jeune âge,elle s'initie à la peinture en observant le travail de son père ... et des amis de son père qui vivent tous dans le même quartier de Rome; elle pose et participe à la vie de l'atelier.

Orazio  tient à lui enseigner l'art de la peinture avec la même rigueur que si elle était un garçon ; ses trois frères suivent aussi un apprentissage dans l'atelier paternel ( mais elle seule connaîtra la notoriété.)


Orazio travaille alors avec l'un de ses amis, Agostino Tassi, peintre de marines et paysagiste, dont à 18 ans, Artemisia devient l'élève.

C'est alors que Tassi, homme "trouble" et séducteur, est soupçonné par Orazio du vol d'un grand tableau :  "Une Judith". Il adresse alors une supplique au Saint Père, déclarant en même temps qu'Artémisia aurait été violé autrefois par Agostino.

Le scandale éclate!...


C'est son père qui l'a poussée à témoigner mais Artémisia ne "recule" pas : elle raconte par le détail, subit l'examen des sages femmes, et le procès prend des allures de mises en scène tel les tableaux qu'elle ne tardera pas à peindre et où tous les acteurs "sont à leur place".


 

  "Histoire d'amour, de trahison,et de mort"

(Une histoire des femmes peintres - Clarisse Nicoïdski")

 

 

Au cours du procès, elle se défend en affirmant que cet homme l'a trompée en lui promettant ensuite de l'épouser et en lui cachant qu'il était déjà marié...( il apparaîtra même au cours du procès, qu'il aurait tué sa femme.... avec l'aide de sa belle-soeur)


Pour Artemisia le procès se transforme en un "nouvel acte de violence". Humiliée, elle est mise au supplice, procédure courante à l'époque pour prouver l'innocence de la victime. 

Devant Tassi qui nie, elle accepte en effet de subir le supplice des " sibilli" : des lacets sont liés autour de ses doigts et serrés au fur et à mesure pour la faire revenir sur ses déclarations : elle ne nie pas... (cette torture aurait pu avoir des conséquences dramatiques pour la pratique de son métier)

 

Le procès dure six mois, ...Tassi est condamné  à l'exil des états pontificaux (ses protecteurs feront révoquer sa sentence). ...

 

A 18 ans à peine,

Artémisia ,

femme,

peintre de surcroît,

et qui témoigne ainsi

devant un tribunal constitué d'hommes,

devient réellement pour son époque et au delà de son époque,

un être d'exception !


L'Allégoriedel'inclination"Autoportrait - Allégorie de l'inclination"

 

Dès le lendemain de la sentence prononcée en novembre 1612, Orazio marie sa fille au peintre florentin Pietro Antonio Stiattesi.

Pour Artemisia, c'est une "libération" quand elle part ainsi pour Florence.

Les relations avec son père, homme " jaloux de sa fille" dès qu'elle est devenue "jeune femme", se doublent et se compliquent d'une "rivalité" entre artistes.


Elle a quatre enfants dont trois meurent en bas âge.

Mais Pietro est un irresponsable ; il fait des dettes et c'est Artemisia qui doit subvenir aux besoins de sa famille.

Pendant son séjour à Florence elle reçoit plusieurs commandes du grand-duc de Toscane, Cosimo II de Médicis.


Elle devient célèbre !

 

Après la mort de ce protecteur en 1621, Artemisia retourne à Rome.

Séparée de son mari, l'année suivante, elle part pour Naples avec son père.

Elle fait la connaissance de Simon Vouet et devient probablement l'amie de sa femme, Virginia da Vezzo, artiste elle aussi.

A Naples, elle fréquente un groupe de peintres caravagesques, parmi lesquels Caracciolo et Stanzione.

 

Les relations avec son père se sont distendues.

Mais en 1637, elle se rend en Angleterre, où son père travaille à la cour de Charles Ier, pour travailler avec lui sur les derniers projets d'un père vieillissant.

 

En 1641 elle retourne à Naples pour y rester jusqu'à sa mort.


Artémisia s'est battue tout au long de sa vie ...

pour attirer et garder l 'attention des puissants,

pour vivre seule et s'occuper de sa famille,

de sa fille tout d'abord mais aussi de ses frères,

et de son père,

pour être reconnue comme un grand peintre...


Et elle y a réussi !

 

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 08:57

Joconde

 

 

Je vous entends déjà d'ici...

Mais qu'est-ce qu'elle raconte?...

Parle t'elle bien de Léonard, le vrai , l'unique,

le grand "di Vinci"

et de sa "Mona"... sa "Lisa" ...

la seule que nous connaissions...  

La " Lisa" tant regardée et admirée...

"La Joconde" en fait...


Mais comment parler de la perspective atmosphérique avec un portrait...

aussi célèbre soit-il?

 

Un petit mot sur l'artiste tout d'abord

 

Léonard

 

 

Léonard de Vinci (Leonardo di ser Piero da Vinci, dit Leonardo da Vinci) est né à Vinci ( en Italie, pas loin de Florence) le 15 avril 1452 et est mort à Amboise (en France) le 02 mai 1519. 

Léonard de Vinci passera les trois dernières années de sa vie en France, sous la protection de François 1er au Clos Lucé à Amboise, transformé aujourd'hui en musée. Il est enterré dans la chapelle du château d'Amboise.

 

Léonard de Vinci est le génie

de la Renaissance italienne.

 

Artiste complet doublé d'un homme d'esprit universel, il était aussi ingénieur, inventeur, scientifique, peintre, architecte, sculpteur, botaniste, poète, philosophe, musicien, écrivain...

Il s'intéressait autant à l'art qu'à l'anatomie, l'astronomie, l'urbanisme, l'hydraulique ou l'aéronautique.

Connu pour ses nombreuses inventions, il réalisera d'ailleurs peu de toiles et qui restent souvent inachevées.

Par contre, il laisse un nombre impressionnant de dessins, de cartons et d'écrits sur la peinture confirmant l'importance de ses recherches en ce domaine, son souci de perfection dans la représentation et la rigueur de sa construction.



Les personnages de ces toiles sont peints avec extrêmement de précision, ainsi qu'avec grâce et beauté.

Les mouvements du corps, les expressions sont réalistes.

Ses recherche scientifiques ( anatomie- botanique...) sont au service de sa peinture.

 


... "Dans ce visage, qui voulait voir combien l'art peut imiter la nature pouvait aisément le comprendre ; parce qu'y étaient contrefaits les moindres détails qui se peuvent peindre avec subtilité : les yeux y avaient cet éclat et cette humidité qui se voient sans cesse dans la vie : et autour de ceux-ci, toutes ces nuances des chairs rougies ou pâles et les cils, qu'on ne peut faire sans une extrême subtilité ; l'implantation des cils (ou sourcils), épais par endroits et plus rares à d'autres, ne pouvait être plus naturelle ; le nez avec ses narines roses et délicates, semblait vivant ; la bouche, avec sa fente et le passage fondu de l'incarnat des lèvres à celui du visage, paraissait vraiment de chair et non de couleur ; qui regardait le creux de la gorge y voyait le battement des veines et en vérité on peut dire qu'elle fut peinte d'une manière à faire trembler et craindre tout grand artiste, quel qu'il soit. »...

à propos de la Joconde ...Giorgio Vasari 1511/1574, peintre et auteur des "Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes"


Dans le même esprit, son étude de l'espace le conduit à poser la théorie de la perspective et la lumière.


Il utilise exclusivement la lumière pour définir volumes, modelés, distances.

Sur ses toiles, ses recherches se traduisent par la perspective atmosphérique qui l'engage à atténuer les contrastes, à estomper les formes des objets éloignés dans une atmosphère brumeuse - son sfumato - et par la technique naissante du clair-obscur qui lui permet de moduler la lumière sur un fond d'ombre et d'adoucir les couleurs pour suggérer le relief et la profondeur.

 

 

« Le » Tableau

 

Portrait ou (et) Paysage ?

 

"La Joconde", ou "Portrait de Mona Lisa", a été peint par Léonard  entre1503et 1506.

 C' est l'un des rares tableaux attribués de façon certaine à Léonard  de Vinci (il l'a ramené en France avec lui en 1516)

 

La Joconde de Léonard de Vinci est incontestablement le tableau le plus célèbre. 

 

Conservé au musée du Louvre à Paris, le tableau est protégé par plusieurs centimètres de verre pare-balles et est vu par 16000 visiteurs chaque jour. Il a été volé en 1911, copié de nombreuses fois et a inspiré de nombreux artistes qui l'ont détourné, transformé. ( Comme Marcel Duchamp, Fernand Léger, Andy Warhol, Salvador Dali....)

 

Ce tableau est bien un portrait :celui de Mona Lisa ("Madonna Lisa", ou Lisa Gherardini, de son nom de jeune fille), épouse du riche florentin Francisco dei Giocondo qui commanda à Léonard de Vinci vers 1503, un tableau représentant son épouse (après la naissance de leur troisième enfant, en décembre 1502, et l'acquisition d'une maison )


On raconte que Léonard de Vinci ne livra jamais le tableau à son commanditaire ; il l'emmenait dans ses voyages, le retouchait sans cesse.

 

Nous avons déjà parlé des recherches de Léonard et du fait qu'il a renouvelé ainsi la peinture et le métier de peintre.

La carrière et ses intérêts multiples ont laissé paradoxalement peu de place à la peinture, alors qu'il la plaçait au-dessus de tous les autres arts. Quatre œuvres jalonnent sa carrière et La Joconde, qui pour Léonard représente la beauté parfaite, rassemble à elle seule les recherches et les théories artistiques de l'artiste sur la question du paysage, du portrait et de l'expression du modèle (le succès du tableau vient d'ailleurs en grande partie de la complexité de l'expression de Mona Lisa).

 

La Joconde concentre en une toile ses recherches


Observons en effet le portrait:


-  Devant ce sourire énigmatique ( ou plutôt le modelé de sa bouche), tout a été dit ou imaginé...la Joconde ébauche un sourire, à qui .? ... à nous ?

-  Son regard semble en effet nous fixer et nous suivre.

- Vasari nous a déjà parlé de ce rendu si vivant ... voir plus haut...

- Le grain de sa peau est exécuté de manière parfaite lui donnant une réalité vivante ( D'un point de vue technique, la peinture est recouverte d'une succession de glacis colorés qui vitrifient littéralement le tableau) 

- Ses mains croisées soulignent la grâce et la majesté du personnage.

...

Tant à voir et à découvrir..

.mais nous aurons l'occasion de reparler de ce portrait si célèbre ...


Car ce portrait est aussi paysage...

vous ne l'avez pas bien vu ?...

observez...


Mona Lisa se détache sur un arrière plan composé de deux parties superposées : un paysage humanisé et un paysage imaginaire.

Ce paysage suppose une vue "en plongée" alors que la figure est perçue de manière frontale.

Le paysage n'est pas un simple élément de décor, il participe du mystère de la toile.

Paysage en deux parties : l'une dans des tons ocres, l'autre dans des tons bleutées.

Paysage sur lequel Léonard "applique" ses théories de perspective atmosphérique (revoir ici), et le travail de "sfumato" .

 

Il y a lien et harmonie entre la figure et le paysage.

Les plis de l'écharpe, sur l'épaule gauche de Mona Lisa se prolongent dans un aqueduc lointain.

Le drapé du tissu de sa manche droite reprend le dessin de la route qui serpente au loin.

( Dans les dernières décennies du XVe siècle, à Florence comme ailleurs, le motif du fleuve et du chemin serpentant  figurait la profondeur de façon conventionnelle)

Le paysage du fond n'est pas le même du côté droit et du côté gauche du visage. Celui de gauche a tendance à attirer le regard vers le bas, celui de droite à pousser le regard vers le haut .

...

Ce décor outre une application parfaite des théories de léonard attribue à ce tableau son sens étrange de la vie et du temps qui passe, faisant ainsi de ce tableau si célèbre... plus qu'un simple portrait !

Et explique aussi sa place si importante dans l'histoire de l'art, avec l'arrivée de la peinture "moderne"  de la Renaissance.

 


 

   Pour une visite : c'est par ici

et pour en savoir plus : c'est par !

 


 


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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 07:07

 

Les artistes peintres femmes de Mithila enseignent à leurs petites filles à décorer les papiers qui servent à emballer les cadeaux rituels.

Avec un fil de coton trempé dans l'encre et tenu entre le pouce et l'index, ces enfants apprennent à exécuter à la perfection le dessin de demande en mariage qu'elles offriront un jour à l'homme qu'elles auront choisi.


Après un temps de méditation, chaque matin, les mères enseignent le yoga à leurs filles pour commencer la journée par une prière.

Puis avec un tampon de coton fixé au bout d'un bâtonnet de bambou, la mère apprend à la fille ces décorations qui prennent place sur les murs des maisons pour les fêtes et les noces.
Ensemble, elles travaillent sur le sol de la cour, avec de l'eau de riz, les aripanas, lieux de culte où doivent s'accomplir les rites domestiques selon la tradition.


Naturel et surnaturel se rejoignent à Mithila, lieu mythique et réel où naquirent Bouddha et Sita ...


mithila01

 

 

La peinture Mithila en tant qu'art contemporain est née au début des années 1960, à la suite de la terrible famine du Bihar.

Le gouvernement va les aider à faire reconnaître la valeur de leur travail et leur donnera couleurs et pinceaux, encourageant ces femmes à exercer leur talent sur le papier pour suppléer leurs maigres ressources.

Leur talent fut rapidement reconnu  par les touristes comme par les collectionneurs d'art traditionnel.


A la façon des peintures murales, ces oeuvres individuelles sont toujours peintes avec des couleurs dérivées de minéraux ou de plantes naturelles, et avec des bâtonnets de bambou au lieu de crayon ou de pinceau.

 

Pendant les quarante années qui s'ensuivirent, l'art de Mithila s'est développé en une grande variété de styles et de caractères, différenciés par leur région et leur caste — particulièrement les castes Brahmin, Kayastha et Harijan.

De nombreux artistes individuels sont apparus avec leur style propre et distinct.

Parmi les premiers artistes Brahmin les plus connus se trouvent Ganga Devi, Baua Devi, Sita Devi, et Karpoori Devi, disparus aujourd'hui.


Les plus grands artistes actuels, travaillant dans le style kayastha, sont Pushpa Kumari et sa grand-mère Mahasundari Devi.

D'autres peintres de leur famille sont également reconnus, comme Pradyumna Kumar et la plus jeune soeur de Pushpa, Mala Karn.


 

boubat vequaud1

Plus qu’une simple tradition populaire, l’art Mithila est bien vivant et en perpétuel renouvellement : ce rituel d’abord transmis par les femmes s’est ouvert au cours des 20 dernières années aux hommes et aux intouchables.


"Couleurs vives, teintes naturelles, recours à la bouse de vache comme lavis traduisent le lien puissant qui unit hommes et femmes à la nature avec toute la spiritualité dont la société indienne a le secret ..."


  

 Pour cet article, je me suis encore une fois "plongée"

dans le livre très intéressant de Clarisse Nicoïdski

"Une histoire des femmes peintres " ( Lattès)


et vous pouvez trouver aussi des infos : ici et ...

où j'ai puisé infos et illustrations... merci !

 

 

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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 08:14

 

Dans l'Etat du Bihâr, en Inde orientale, dans un village au Sud Est de la ville de Madhubani, à Jitwarpur, existe une forme d'art particulière : les murs des maisons de ce village sont ornés de bas-reliefs faits d'un mélange de fumier sec et de boue. 

Ces peintures murales racontent les grands thèmes de la civilisation hindoue : les mythes fondateurs, les récits folkloriques, les fêtes religieuses ...  associant ainsi "religion et excréments" montrant la chaîne de toute création... ce qui dans la religion judéo-chrétienne est indiqué par " l'homme n'est que poussière"...


boubat painter

 

Seules les femmes faisaient ce travail, seules à détenir le savoir artistique.

Elles pratiquaient leur art comme on le fait d'une religion et le transmettaient de mère en filles, sortes de "prêtresses " de la mémoire. Réunies, et chantant des ballades transmises aussi de mères en filles, elles peignaient ensemble toujours de façon anonyme.

Dès l'enfance, les femmes sont initiées à la connaissance des symboles sacrés et  se mettent à l'oeuvre après prière et méditation. 

Ces peintures murales sont destinées à décorer leur vie et à élever leur âme. 

Depuis des siècles, la peinture est un élément essentiel de l'éducation de ces femmes, art qui culmine dans la décoration des murs du kohbar (la chambre nuptiale), au moment des noces. Les peintures kohbar ghar s'inspirent de thèmes mythologiques et folkloriques ainsi que du symbolisme tantrique, bien que le thème central soit invariablement l'amour et la fertilité.

La caste des Brahmanes a le droit de travailler l'expression de la spiritualité, et les intouchables, travaillent le côté plus profane.


ganga devi house


Dans notre période où nous abordons " le sens du sacré" et les femmes artistes... nous devons faire une place aux femmes de Mithila ...

Bien loin de nos femmes "enlumineurs" ?

Il y a je pense, sans filiation aucune, une sorte de lien entre à travers le "temps et l'espace" entre toutes ces femmes.

 

" La divinité aura séjour dans nos oeuvres, si nous les réalisons conformément aux rites et dans la sincérité du sentiment. Certes, nous laissons les lignes du visage de nos personnages volontairement dans l'imprécision, car nul être humain n'a le pouvoir de représenter la figure de la divinité"

 

Depuis l'an 3102 av. J-C., à Mithila, le "passé" se fond dans la vie quotidienne et les fables et les légendes se vivent au présent.

Ce sont ces légendes que peignent les artistes de Mithila selon des règles précises.


Telle la légende du Prince Rama de Ayodhya-Ramachandra qui afin d'épouser la belle Sita se rendit à la cour du roi Janaka, son père. Cette légende prouvant le triomphe de l'amour sur la force physique.

Pour obtenir la main de sa fille, le roi lui demanda de soulever l'arc ancien, si lourd que quatre serviteurs étaient nécessaires pour le soulever ... ce que fit Rama aussi facilement qu'il l'aurait fait avec une plume... Il reposa l'arc à terre si fortement que l'onde sonore s'entendit à des lieux à la ronde.


 mithila05

 

Les dessins géométriques et stylisés,sont réalisés avec des couleurs éclatantes et symboliques.

 

Ces artistes composent elle-même leurs couleurs : le noir provient de la suie des chaudrons, et des dépôts des lampes à huile; le blanc, de l'eau de riz, de certaines fleurs aux couleurs vives contenant une part importante de fer, ainsi que des plantes à épines, broyées et mêlées à de l'huile de lin pour intensifier la qualité d'une couleur.

Les tons de terre sont fournis par le sol, les ocres, les beiges et les bruns proviennent des bouses séchées.

Le jaune vient de plantes grimpantes vénéneuses et l'indigo donnent des bleus et des violets intenses.

 

Elles peignent aussi des saris.

 

Elles travaillent avec des pinceaux faits de brindilles attachées mêlées à des fils, et la résine des arbres permet de fixer les pigments sur l'étoffe.


 

ganga devi travail

 


 Pour cet article ( ... et ceux qui vont suivre), je me suis encore une fois "plongée"

dans le livre très intéressant de Clarisse Nicoïdski

"Une histoire des femmes peintres " ( Lattès)


et vous pouvez trouver aussi des infos : ici et ...

où j'ai puisé infos et illustrations... merci !


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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 07:22

" A propos des femmes douées pour la peinture, je connais une femme du nom d'Anastaise dont le talent pour les encadrements et bordures d'enluminures et les paysages des miniatures est si grand que l'on ne saurait citer dans la ville de Paris où vivent pourtant les meilleurs artistes du monde, un seul qui la surpasse. Personne ne fait mieux qu'elle les motifs floraux et décoratifs des livres et l'on estime tant son travail qu'on lui confie la finition des ouvrages les plus riches et les plus fastueux.

Je le sais, par expérience, car elle a peint pour moi certaines bordures qui sont, de l'avis unanime, d'une beauté sans commune mesure avec celles exécutées par les autres grands maîtres !'

 

Christine de Pisan (Bio p. 84) "La Cité des Dames" 

 

artistefaisantsonautoportrai

Artiste faisant son autoportrait

Boccace - Le livre des cleres et nobles femmes - XV°


 

A partir du X° et jusqu’au XV° s., d’autres femmes, prennent le stylet, le pinceau, la couleur et pratiquent l'enluminure.

Nous trouvons la  première enluminure qui porte un nom de femme, dans un manuscrit espagnol de l'Apocalypse, en 970 :

"Ende pintrix et Dei Aiutrix et Frater Emeterius Prêtre".

 

autoportrait

Autoportrait sur bois

Boccace - Le livre des cleres et nobles femmes - XV°

 

Au cours du Moyen-âge ancien, l’enluminure des manuscrits est une activité à laquelle se consacrent aussi bien les moines que les nonnes. Bien que quelques noms d'artistes percent au cours de cette époque, la très vaste majorité de ceux-ci ou celles-ci reste inconnue. Dans toute l’Europe on dénombre une dizaine d’artistes femmes qui  enluminent des manuscrits ou illustrent des codex. et dont le nom est connu ( leur œuvre a souvent disparu).

Nous pouvons citer toutefois, Ende, Guda (nonnes du Xe siècle et XII° s.)  ou encore Claricia, laïque employée dans un scriptorium de Bavière.

Ces femmes bénéficièrent de l'environnement favorable des couvents, lieux d'apprentissage et de culture, et sans doute choix le plus judicieux pour une femme "intellectuelle"de l'époque.

Les couvents offrent une alternative acceptable au mariage. Une dot étant là aussi exigée, les nonnes sont en général issues des classes supérieures ou de la bourgeoisie. Le couvent est également le meilleur moyen de rece­voir une bonne éducation permettant aux femmes de se rendre utiles en dirigeant des écoles et des hôpitaux, en gérant les terres du couvent ou en s'occupant des nécessiteux.

 

artistepréparantunefresque1Artiste préparant une fresque 

Boccace - Le livre des cleres et nobles femmes - XV°


L'enluminure, devenue au XIII°s. une activité laïque, reste une activité où les femmes peuvent œuvrer, le plus souvent aux côtés de leurs pères ou maris ( telles les filles de Maître Honoré et de Jean le Noir, célèbres enlumineurs de l'époque)

 

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Femme sculpteur

Boccace - Le livre des cleres et nobles femmes - XV°

 

Mais les femmes sont aussi artistes dans bien d'autres domaines: elles sont aussi musiciennes, troubadours professionnelles, et écrivent ou éditent des livres.

 

femmetroubadour

  Femme troubadour

Livre d'heures- Fance - 1500-1525

 

 

joueusedeharpe

Les artistes du Moyen Âge, furent oubliés par leurs consoeurs de la Renaissance, au profit de celles de l'Antiquité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



La joueuse de Harpe

Boccace - Le livre des cleres er nobles femmes - XV°

 

 

femmeécrivain

Femme écrivain

Bocece- Le livre des femmes nobles er renommées - XV°. 

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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 07:26

Donc, en ce temps où les enfants naissent dans une "chambre des dames", les femmes possèdent le pouvoir matériel, la force de la spiritualité, et la force créatrice, artistique.  


naissance

 

La naissance

Jacques de Guise

"Histoires des nobles princes de Hainaut" - XV° s.


Avant la Renaissance, les femmes peintres ne sont pas moins rares que les hommes.

Les artistes (orfèvres, ébénistes...) réunis dans des « Guildes » sont plutôt dénommés   "artisans".

Les femmes qui n’accèdent pas à l’apprentissage comme les hommes, sont formées comme dans les autres métiers au sein de leur famille.


femmefilantScène de famille : femme filant à la quenouille

Bourdichon - " Les quatre états de la société"."Le travail"

XV°s.


Le statut de la "femme artiste" est reconnu tout d’abord dans le domaine de la tapisserie.

Toutes les femmes d'alors cardent la laine, la teignent, la filent, pour faire les vêtements à la maison.


cardagefilage

 

Cardage, Filage et tissage

Boccace - " Le livre des femmes nobles et renommées - XV°s.

récoltecoconsetfilage

Récolte des cocons et tissage de la soie

Boccace - "De claris mulieribus" - XV°s.

 

 

Mais pour atteindre la création artistique, il faut pouvoir détourner ces activités de leur finalité et leur confier une dimension décorative ;de même pour la couture, la rubanerie ou la broderie.

De nombreuses annotations présentes sur des manuscrits médiévaux dépeignent des femmes se servant de fuseaux. 


filageàlaquenouille

Filage à la quenouille

Boccace - "Le livre des cleres et nobles femmes" - XV°s.

 

Par le biais de la tapisserie, ces femmes peuvent illustrer des faits historiques (comme la bataille de Malden).

De fait, en Angleterre, jusqu'au XIII° s. la production des Opus Anglicanum  ou des somptueuses broderies destinées au clergé est réservée aux femmes.

L'une des plus célèbres broderies du moyen âge est sans aucun doute la Tapisserie de Bayeux, longue de 70 mètres, que la légende attribue à la Reine Mathilde ( bien que plusieurs historiens pensent plus probablement à une réalisation faite dans un atelier ou un couvent)

C'est donc bien une activité artistique (il parait que certains moines brodaient aussi)


lefilageLe filage 

Antoine Dufour - "La vie des femmes célèbres" - 1505

 

 

Pour être « artiste », il faut être bien née.

Les jeunes filles nobles apprennent la broderie et souvent entrent au service d'une princesse ; elles travaillent alors la soie.

Les paysannes célibataires n'ont pas cette possibilité et passent leur vie à faire des travaux manuels.


Si elles deviennent religieuses, elles passent une partie de leur temps à broder des ornements. Chasubles, ornements d'autel, étendards, tapisserie, étoffes ne sont pas encore des tableaux peints mais…

Il faut voir dans" cette aiguille", l'ancêtre du pinceau, et dans leurs fils, les couleurs.


letissagedelatapisserieLe tissage de la Tapisserie 

Christine de Pisan- " Cité des dames" -1475

 

 

La plupart de ces femmes resteront anonymes.  

Mais le travail devient de plus en plus individuel et elles commencent à signer leurs oeuvres.  

Certaines familles connaissent la célébrité, et la prospérité, en transmettant "le métier" de mère à fille.

Certaines brodeuses seront aussi célèbres que leurs" sœurs peintres "de la Renaissance.

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