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Un blog pour les passionnés de dessin, de peinture, et d' arts plastiques.
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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 17:34

 

1885 – 1979

 

  Sonia Delaunay

Sonia et Robert Delaunay se sont intéressés aux études sur la couleur de Chevreul et sa théorie des relations entre les couleurs, publiée en 1839: « De la loi du contraste simultané des couleurs »

Comme le firent avant eux, les Impressionnistes et les Post-Impressionnistes , ils s'en inspirent dans leurs travaux ... et fondent en 1911 un mouvement pictural, l'orphisme qui se caractérise par l'utilisation de couleurs vives et de formes géométriques.

Mouvement déterminant dans l’histoire de l'art du XX° S. (Ce nom d'  "orphisme" fut qualifié par leur ami Guillaume Apollinaire )

Robert est le deuxième mari de Sonia ; ils se rencontrent en 1909, et au niveau artistique, pendant 30 ans que dura leur vie commune, ils travaillèrent ensemble , échangeant des idées, se «  nourrissant » l'un l'autre de leur réflexions et de leur travail .

 

 

Sonia Delaunay est née Sarah Stern le 14 novembre 1885 à Gradijsk près d'Odesssa en Ukraine.

En 1890, elle quitte ses parents et s'installe chez un frère de sa mère, Henri Terk, avocat riche et réputé de Saint Pétersbourg. Elle prend le nom de Sonia Terk, bien qu'elle ne soit pas adoptée officiellement.

 

Elle va vivre, éduquée par de nombreuses gouvernantes dans une maison cossue, dans les traditions juives et dans un milieu artistique et musical. Elle apprend plusieurs langues et passe ses étés dans une maison de famille en Finlande.

Elle voyage aussi beaucoup , en Allemagne, en Italie, en France, visitant musées et galeries.

Dès 16 ans, son professeur d'art l'encourage pour ses dons en dessin. Et sur ses conseils, sa famille l'envoie dans une école d'art en Allemagne.

Sonia a 18 ans et entre à l'académie d'art de Karlsruhe.

En 1905, elle part pour Paris où elle fréquente l'Académie de la Palette à Montparnasse mais découvre surtout lors de visites d'expos et de galeries : Cézanne, Van Gogh, Gauguin, Bonnard … Matisse …. Les Fauves ...

Elle rencontre un collectionneur et galeriste allemand, Wilhelm Uhde, de onze ans son aîné, elle l'épouse le 5 décembre 1908. Cela lui permettra de connaître l'élite artistique et littéraire de Paris.

C'est dans la galerie de Uhde que Sonia rencontrera pour la première fois Robert Delaunay ...

 

 

 

À Paris, Sonia et Robert fréquentent et reçoivent leurs amis artistes, tel Blaise Cendras, pour qui Sonia fut la première artiste à illustrer les poèmes avec des peintures. En 1913, ils publieront ensemble un « poème affiche » : «  La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France ».

C'est l'un des plus célèbres livres illustrés du XXe siècle avec Jazz de Matisse.

Le travail de Sonia s'applique à la peinture, aux tissus, à la céramique… elle refuse en effet de faire une distinction entre les « Beaux arts » et l'art décoratif ou appliqué. Elle peint des tableaux, mais fabrique aussi des objets de décoration (des coussins, abat-jours, boîtes), ou créait des motifs, de formes géométriques et de couleurs vives pour des tissus, dessine des vêtements … pour la mode ou le théâtre...

Sonia Delaunay est la première femme à avoir eu, de son vivant, une rétrospective au musée du Louvre en 1964.

Elle est nommée officier de la Légion d'honneur en 1975.

Le musée national d'art moderne de Paris, le « Centre Georges Pompidou » possède la majorité de son travail. Deux mille de ses œuvres y ont été scannées et répertoriées afin de faire connaître l'étendue de l'œuvre de Sonia Delaunay qui a participé aux mouvements déterminants du XXe siècle : "abstraction", "non figuration", "dada", "cercles et carrés", ...

Elle meurt à Paris le 05 décembre 1979.


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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 21:01

 

 

VdSMaria Héléna Vieira da Silva

" Sans titre" 1987

tempéra et encre de chine

sur papier Japon 66,3 x 31 cm

 

Je suis " tombée" sur un petit livre plein de charme qui sous la plume de Bernard Noël, nous livre quelques "réflexions" sur son travail de peintre de Maria Héléna Vieira da Silva.

(Nous l'avons déjà rencontré il y a peu : voir ici.)

 

Ce texte sous forme d'entretien est accompagné de dessins de Maria Héléna, et d'un poème " les Etats de l'air" écrit devant des dessins de celle-ci.

Le texte est un peu "long" pour mon article, mais il vaut la peine bien sûr de prendre un peu de temps pour le lire, le déguster ... et le méditer ...

 

Bernard Noël : "Parler de thème, de couleurs, de formes ne donne pas à voir, c'est un semblant, alors autant commencer par ce dont on peut parler, et qui toujours se ramène au travail "

 

Vieira da Silva :"Je suis très heureuse quand je peux travailler, mais pas toujours, car je n'en suis pas toujours digne : parfois, je me laisse envahir par l'angoisse, et puis je suis trop souvent dérangée... Quand on veut faire passer dans la main quelque chose qui est dans la tête, c'est très long, et ça ne vient pas comme on avait pensé. Il y a une lutte entre la tête et la main. Je ne me sens pas gestuelle. Je ne sens pas que je fais un geste. Je sens que je fais quelque chose qui obéit à ma tête, à ma pensée. Ce qui se passe là est mystérieux. Si je mettais dans une machine un tas de petites taches avec des couleurs, j'arriverais peut-être à faire un tableau comme les miens, mais ça prendrait plus longtemps qu'à la main. J'ai fait des collages à la machine à écrire, des tas de O, des tas de I, mais une fois collé, c'était trop froid, trop égal, même si je variais la couleur de l'encre et celle des papiers. Il fallait que je passe de la couleur" …

 

Vous parliez de lutte entre la tête et la main, mais une fois le travail engagé, la main n'est-elle pas plus libre ?

 

C'est très rare qu'elle travaille toute seule, la main, elle est très timide, très méfiante. Parfois, je dois lutter avec la timidité presque tout le jour. J'ai remarqué que j'avais plus de mal à travailler le jour que la nuit. La nuit, je pers la peur … Je n'arrive pas à savoir exactement entre la main et la tête. Je sens très peu l'autonomie de la main. La tête est toujours là. Quelquefois la main apporte des surprises heureuses, mais c'est très rare. Il arrive aussi que des choses sortent de ma tête, des choses dont je n'ai pas conscience. J'ai l'impression que tout vient davantage de la tête que de la main, mais comment savoir ?

 

Qu'est-ce qui fait qu'on passe une vie à peindre des images ?

 

Une vie. C'est étrange. Je me demande cela tous les jours. C'est si difficile de parler de la peinture. Par exemple, c'est un de mes derniers tableaux... Je ne sais pas s'il est fini. Selon la lumière, je me dis, tu pourrais encore, et puis je n'ose pas. Je pourrais en dire beaucoup de choses, mais ces choses ne sont pas encore des mots. Si ce tableau n'était pas de moi, je l'aurais regardé, et il me semble qu'il m'aurait intéressée... Et cependant ce que je vois et ce qui m'intéresse, je ne peux en parler. Le monde des formes et des couleurs est un autre monde qui a très peu de rapports avec la parole. Quand je regarde un tableau, je me dis c'est curieux et çà et çà, mais quand je traduis en mots, je ne suis même plus sure de ma pensée... Quand je peins, ce n'est pas avec des paroles, les paroles sont absentes, ou si je dialogue avec moi-même, c'est en parlant d'autre chose. Quand je peins, je calcule, oui, je suis toujours en train de calculer, toujours. Je calcule le dosage de tel millimètre. Le dosage de la densité. La correspondance de telle tache avec telle autre tache. Le tableau se fait uniquement avec çà... La littérature, la pensée, ça n'existe pas quand je peins. Je suis occupée comme un ébéniste. Ce n'est pas une question technique, pas du tout. Pour aboutir à une certaine force, à une certaine densité, j'oublie tout le reste. Que de fois je modifie une tache minime, si minime que personne ne la voit, et il me semble que le tableau trouve sa force quand je fais çà.

 

D'où vient le sentiment de cette nécessité ?

 

Qui m'impose çà ? C'est le tableau lui-même. Au commencement, le tableau a une structure qui demande certaines choses ou qui le rejette. Cette structure doit avoir une signification. Elle en a une pour moi à partir du moment où, dessinant quelque chose, je rentre dans le tableau … C'est un peu absurde, n'est-ce pas, de parler ainsi ? … Tant que je ne peux pas entrer dans le tableau, le tableau n'existe pas. Puis çà commence, et je sais que je vais pouvoir me promener là-dedans. Alors, je deviens petite et je rentre dans le tableau. L'autre jour, en venant ici où il y a une belle lumière du nord, j'ai vu ce tableau-là … Dans ce tableau, on voit une chose qui arrive rarement dans la nature, quand on est subitement entouré par une brume qui envahit tout. Je n'ai vu cela que deux fois. Une brume qui enveloppe tout, et cependant elle met les choses comme dans la lumière. Si l'on ne représentait rien dans un tableau, il n'y aurait pas de lumière.

 

Mais en même temps la représentation n'est rien, car la peinture se sert de l'image pour autre chose que l'image ….

 

Curieux que pendant tant de siècles on ait peint des martyrs, mais ce sont des martyrs qui ne souffrent pas. Je n'aime pas la souffrance en art,je ne l'aime pas car on ne peut pas peindre la souffrance. Si on pouvait la peindre, ce serait insupportable. Goya y parvient quelquefois, et elle est si grande qu'on sent qu'il l'a peinte malgré lui. On sent qu'il est passé à côté des charniers, qu'il a vu … La vraie souffrance, on veut la représenter aujourd'hui,mais je crois qu'il n'est pas possible de peindre la vraie souffrance. Le cirque romain, çà c'était la vraie souffrance, et çà devait être insoutenable... L’histoire est affreuse, une suite d'horreurs. Mais que l'histoire que racontent les peintres, les sculpteurs, les architectes donne l'impression qu'il y a eu tout de même quelques êtres qui ne se battaient pas.

 

Est-ce que la reconnaissance de votre œuvre a changé quelque choses dans votre travail ?

 

Être accepté est très important, important parce qu'il faut vivre, mais le regard des gens sur mon travail me fait tellement peur. Il y a réponse et réponse, parfois le mot juste vient d'où on ne l'attend pas, et cela fait plaisir … Un jour, un technicien est venu ici, un ingénieur, pour une histoire de robinets, et il s'est arrêté longuement devant un tableau. Il m'a dit : «  Ah, c'est intéressant, c'est un peu dans le genre Basque ». Cela m'a beaucoup plu parce que ça témoignait d'un vrai regard sur le tableau en question. Une autre fois, un fumiste m'a dit : «  Vous faites çà d'après nature ou d'après photo ? » J'ai été très touchée par l'attention de ce fumiste … Mais j'ai honte de ma peinture devant des gens pas préparés … Il y a beaucoup d'injustice dans le monde de l'art. Pierre Jean Jouve nous a expliqué un jour qu'il y a 4 manières d'être artiste : avoir du génie et du succès, avoir du génie et pas de succès, avoir du succès et pas de génie, n'avoir ni succès, ni génie... je crois que c'est vrai, non ? Et encore, on ne sait pas, tout dépend de l'époque. On ne sait pas quelles choses comptent. Un chef d’œuvre ne peut jamais donner de fruits. Une montagne peut accoucher d'une souris, ou l'inverse . Nous voulons avoir des certitudes, mais notre présence en ce monde est toute faite d'incertitudes. Nous n'avons de certitudes que pour les petites choses , au jour le jour, et encore … L'art donne la sensation de certitude gratuite qui peut aider à vivre.

 

Vous travaillez pour aider à vivre ?

 

J'aimerais bien, mais je n'ai pas cette prétention. On parle beaucoup aujourd’hui contre l'élitisme. En fait, n'importe qui peut aujourd'hui se procurer des livres, de la musique, mais il y a des groupes de gens pour chaque chose. Certains aiment le sport, d'autres le bricolage, d'autres les timbres … et les plus grands génies ne peuvent aider beaucoup de gens, quelques uns seulement. Aujourd'hui , les grandes œuvres sont à la portée de tous, mais tous ne le savent pas. L’esprit souffle où il veut et quand il veut, dit la Bible. Je voudrais qu'il souffle tout le temps. Mais peut-être n'a t-il pas assez de souffle pour souffler sur tant de gens. Le mal, la laideur viennent de la bêtise, et contre la bêtise il n'y a rien à faire parce que la violence existe. Si les gens canalisaient la violence à l'aide de l'intelligence, cette énergie pourrait servir à changer les choses. Je voudrais être contre la violence, mais on ne peut être contre une chose qui existe. La violence existe en elle-même et les artistes n'y peuvent rien... Alors, ils travaillent, et ce qui est magnifique avec la peinture de chevalet, c'est qu'on peut faire un monde plus vaste que la surface. On peut donner une idée beaucoup plus vaste que la petite chose sur laquelle on peint. Un jour j'ai senti que peindre, c'est donner à une toile ce qu'elle demande. Il y en a qui n’acceptent rien, et le tableau est raté. C’est un peu comme le rapport avec les gens. Et peut-être est-ce pour çà qu'on passe une vie à faire des images …

 

« Rencontre » Atelier des Brisants

Entretien avec Bernard Noël,

paru dans le numéro 252

de la » Quinzaine littéraire »

daté du 16 au 31 mars 1977

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 09:24

 

(1908- 1992)

 

vieira silva forumEAMaria Elena Vieira da Silva - "Forum"

 

Testament

 

"Je lègue à mes amis

un bleu céruléum pour voler haut

un bleu de cobalt pour le bonheur

un bleu d'outremer pour stimuler

un vermillon pour faire circuler le sang allègrement

un vert mousse pour apaiser les nerfs

un jaune d'or : richesse

un violet de cobalt pour la rêverie

une garance qui fait entendre le violoncelle

un jaune barite : science- fiction, brillance, éclat

un ocre jaune pour accepter la terre

un vert Véronèse pour la mémoire du printemps

un indigo pour pouvoir accorder l'esprit à l'orage

un orange pour exercer la vue d'un citronnier au loin

un jaune citron pour la grâce

un blanc pur : la pureté

terre de sienne naturelle : la transmutation de l'or

un noir somptueux pour voir Titien

une terre d'ombre naturelle pour mieux accepter la mélancolie noire

une terre de sienne brûlée pour le sentiment de durée"

 

Vieira da Silva

 

vieira da silva biblioteca 1949Maria Elena Vieira da Silva - "Biblioteca"

 

 

Mieux la connaître :


MEVDS

 

dasilva

 

Maria Helena Vieira da Silva est née à Lisbonne en 1908 dans une famille aisée.

Son père meurt lorsqu’elle n’a que 2 ans. Elle dessine dès l’age de onze ans et sculpte à 16 ans.

Elle fait de nombreux voyages avec sa famille qui « l’ouvrent à l’art » et sa mère l’encourage.

En 1928 Maria Helena s'installe à Paris et, avant de devenir l'une des fondatrices de « l’école de Paris », elle étudie la peinture à l’Académie de Fernand Léger, la sculture chez Bourdelle, et devient l’élève de Dufresne, Waroquier et Friesz; elle  fréquente aussi l’atelier de gravure de S.W. Hayter.

En 1930 elle épouse Arpad Szenes, peintre hongrois.

En 1932,elle fréquente l’Atelier de Bissière à l’Académie Ranson. Ce dernier lui fait rencontrer Jeanne Bucher, la célèbre marchand d'art de cette époque.

D'abord "figurative", c'est au milieu des années 30 que Maria Helena Vieira da Silva élabore son style fait de lignes et de traits, de plans morcelés et de perspectives enchevêtrées si caractéristiques, et qui la rendra mondialement célèbre.

En 1938, elle accueille dans son atelier parisien le jeune peintre, Nicolas de Staël.

Durant la seconde guerre mondiale, Maria Helena et son mari partent pour le Portugal, puis pour le Brésil.

A la fin de la guerre, le couple revient à Paris et elle participera alors à de nombreuses expositions collectives;c'est à partir des années 1950 qu’elle se positionne comme un peintre de premier plan.

Elle a illustré de nombreux livres, des œuvres littéraires comme des livres pour enfants.

Une fondation inaugure à Lisbonne en 1994 un musée Arpad Szenes-Vieira da Silva qui dépend du Comité Arpad Szenes- Vieira da Silva. 

En France, le musée de Dijon possède la plus importante collection publique d'œuvres de l'artiste (une centaine de toiles).

Maria Helena Vieira da Silva meurt à Paris en 1992.

 

Vieira da Silva Paris 1951Maria Elena Vieira da Silva - "Paris"


 

Mieux la comprendre et l'apprécier :

 


« Ses toiles reflètent son goût pour les surfaces divisées baignant, surtout à partir des années 1970, dans la lumière si caractéristique du Portugal. (…) Souvent à la frontière entre figuration et abstraction, le monde de cette artiste en quête d’infini est construit à partir d’unités colorées et de lignes qui s’enchevêtrent en créant des espaces labyrinthiques. On pense parfois à Lisbonne, sa ville natale, même si elle y a fort peu vécu. » (extrait de Portugal, Hachette, 2002)


" L'œuvre de Vieira da Silva surgit et l'aiguillon d'une douce force obstinée, inspirée, replace ce qu'il faut bien nommer l'art, dans le monde solidaire de la terre qui coule et de l'homme qui s'en effraie. Vieira da Silva tient serré dans sa main, parmi tant de mains ballantes, sans lacis, sans besoin, sans fermeté, quelque chose qui est à la fois lumière d'un sol et promesse d'une graine. Son sens du labyrinthe, sa magie des arêtes, invitent aussi bien à un retour aux montagnes gardiennes qu'à un agrandissement en ordre de la ville, siège du pouvoir. Nous ne sommes plus, dans cette œuvre, pliés et passifs, nous sommes aux prises avec notre propre mystère, notre rougeur obscure, notre avidité, produisant pour le lendemain ce que demain attend ".

- René Char, 1960 -


vieira da silva - les chantiers- 1957Maria Elena Vieira da Silva - "Les chantiers"

 

Mieux voir :


 

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 08:54

 

 

on n'y échappe pas !

 

( Paris 31 octobre 1883 - 8 juin 1956)



 

 


« L'art de Melle Laurencin tend à devenir une pure arabesque,

humanisée par l'observation de la nature »

Guillaume Apollinaire


L'art de Marie Laurencin et sa reconnaissance devra beaucoup il est vrai à Guillaume Apollinaire , son «  chevalier-servant ».

Mais dans un monde artistique masculin, où elle doit se battre pour trouver sa place ( ce qui n'est pas simple pour cette jeune fille née de père inconnu), elle n'a pas été simplement « une muse passive de l'art cubiste au talent limité » comme certains ont pu l'écrire ou la peindre.


Leur ami « le douanier Rousseau » exposera notamment un tableau intitulé " La muse inspirant le poète" au salon des indépendants de 1909, présentant le double portrait de Marie Laurencin et de Guillaume Apollinaire.


museledouanierrousseau"Muse" le douanier Rousseau

 

Ce tableau fit scandale car on proclama que ce tableau n'était pas ressemblant.

Apollinaire à ce sujet fera cette célèbre remarque:

" Si je ne suis pas ressemblant, comment avez-vous pu me reconnaître ?


En effet, témoin des grands artistes cubistes et d'avant garde comme Picasso et Georges Braque , d'autres ont pensé que Marie Laurencin a gagné l'accès à ce groupe grâce aux faveurs accordées par Guillaume Apollinaire.

Ce n'est pas vrai !

Marie Laurencin a commencé à peindre en 1902, cinq ans avant sa rencontre avec Picasso et Apollinaire et est adoptée par tous les hommes des ateliers de compagnonnage par son talent.


En 1907, Marie Laurencin expose pour la première fois au salon des Indépendants.


Cette même année Picasso lui fait connaître Guillaume Apollinaire. De cette rencontre, naîtra une liaison aussi passionnée que tumultueuse qui durera jusqu'en 1912.


appollinaire et ses amis

Marie Laurencin - " Groupe d'artistes" (1908) (musée de Baltimore).

De gauche à droite : Picasso, Marie Laurencin, Apollinaire, Fernande Olivier.



En 1914 elle épouse le baron Otto von Wätjen. Le couple s'exile en Espagne dès la déclaration de guerre d'abord à Madrid puis à Barcelone.


Elle s'associe avec les artistes Sonia et Robert Delaunay grâce à une rencontre organisée par Francis Picabia pour lequel elle compose des poèmes qui paraissent dans la revue d'art en 1917.

Elle revient à Paris en 1920.

Elle noue des liens avec de nombreux écrivains et elle illustre certaines de leurs oeuvres : Gide, Max Jacob, Saint-John Perse, Marcel Jouhandeau, Jean Paulhan, Lewis Carroll et bien d'autres.


marie laurencin femme au foulard"Femme au foulard" - Marie Laurencin


Devenue portraitiste officielle du milieu mondain féminin (Nicole Groult, Coco Chanel) après 1920, Marie Laurencin s'illustre encore comme décoratrice pour le ballet « les Biches » de Poulenc (1924), puis pour l'Opéra Comique, la Comédie Française et les Ballets de Roland Petit au Théâtre des Champs Élysées.

 

lesbichesMarie Laurencin - "Les Biches"


Son style, poétique, emploie des couleurs fluides et douces, des tons pastels...elle simplifie la composition, et privilégie le formes féminines « allongées et gracieuses »


femme-au-chien-marie-laurencinMarie Laurencin- " Femmes au chien"



 

En savoir + :voir ici

 

 

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 07:46

 

 

auxcheveuxdéfaits (2)

 

Frida Kahlo peint cet autoportrait en 1947; elle se représente devant une paroi de roche volcanique, sur laquelle se trouve accrochée une plante grasse ( du sedum morganianum, appelé aussi "queue d'âne").

Elle a le regard "perdu", les cheveux défaits, vêtue d'une robe traditionnelle de Tehuantepec (dans l'état d' Oaxaca).

Dans le bas du tableau, un rouleau peint sur lequel on peut lire :

" Moi, Frida Kahlo, je me suis peinte ici à l'aide de l'image du miroir. J'ai 37 ans et nous sommes au mois de juillet mil neuf cent quante-sept. A Coyoacan, au Mexique, où je suis née".

Or, Frida n'a pas 37 ans lorsqu'elle peint ce tableau, mais 40.

Elle pleure ici la perte de sa jeunesse et observe les ravages du temps sur son visage, les cheveux dénoués en symbole de pénitence.

En associant une plante " succulente" à une roche volcanique, elle associe la vie à la mort; ce sedum est une plante si sensible que même en la maniant avec soin , elle s'abîme facilement ; même si pourtant elle peut survivre à de longues périodes de carences en retenant l'eau et en se nourrissant elle-même.

Belle métaphore !

 

Frida a peint une dizaine d'autoportraits et nombre de tableaux où elle se représente.

Car à partir de juillet 1932, elle commence une sorte de " journal visuel" de sa vie qui va la rendre célèbre.


Son premier tableau ainsi : "Frida et la fausse couche".

 

Elle consacrera une grande partie de son énergie dans sa vie à réaffirmer son identité face aux autres, entrant dans un processus qui fera d'elle, tout en peignant son image... " une grande dissimulatrice"

Elle étudiait son image dans le miroir pour se représenter, donnant au spectateur l' image qu'elle désirait donner d'elle ... "sacrifiant souvent son véritable moi à un masque" , image qu'elle utilisait et dont elle se servait pour s'informer d'elle-même et ... nous informer


Kahlolacolonnebrisée1944"Frida à la colonne brisée"1944


Pour mieux le comprendre, il faut connaître la vie de Magdalena Carmen Frida Kahlo y Calderon, née le 06 juillet 1907 à Coyoacan, près de Mexico, quatrième des cinq enfants de Guillermo Kahlo et de Matilde Calderon y Gonzalez.

Conçue peu de temps après la mort du seul fils de la famille, sa mère vivra mal la naissance d'une fille alors qu'elle voudrait "remplacer" ce fils... faisant une dépression après la naissance de Frida , elle la confie à une nourrice .... que l'on découvrira buvant de l'alcool alors qu'elle l'allaite.

Frida fera allusion à ceci dans deux tableaux : " Ma naissance" (1932) et "Ma nourrice et moi "(1937)

 

Son enfance avec ces carences affectives expliqueront l'instabilité de sa vie future.

Elle considère en grandissant que sa façon d'être n'est pas intéressante et qu'ainsi pour éveiller l'intérêt , le désir, l'amour des autres... elle doit être "une autre"... ou " un autre".. elle jouera aussi de l'ambiguïté et de cette " part masculine" en elle....

A l'âge de 7 ans, elle contracte une poliomyélite qui, si ceci accentue chez elle la sensation d'être " anormale" et suscite moqueries chez les autres enfants, lui apporte enfin l'attention de ses parents qu'elle désire tant. Dès lors, elle comprend que les gens s'occupent davantage des malades que des bien-portants et que la maladie peut  être un moyen d'obtenir l'amour des autres.

Son grave accident de bus, le 17 septembre 1925, ajoute à ce sentiment et à cet état "de malade professionnelle",... par la suite,tout au long de sa vie, elle réagira de même par des symptômes physiques aux conflits et autres drames de sa vie.


Mais ceci n'est qu'un palliatif, outre ses souffrances physiques, réapparaît ce sentiment de carence affective, son sens du vide et son sentiment d'être abandonnée ou rejetée.

 

Sa vie sentimentale "mouvementée" et son mariage avec Diego Rivera ( de 21 ans son aîné et peintre célèbre au Mexique) ne combleront  pas ce vide.

 

C'est d'ailleurs entre 1939 et 1940, après que Rivera l'ait quittée que sa période sera la plus créatrice et elle réalise alors ses oeuvres les plus marquantes :

"Les deux Frida" ( 1939) qui illustre la douleur de la séparation d'avec Rivera.

" Diego dans mes pensées" ( 1943) dénote son obsession


Diegoyyo

L'"'Autoportrait au collier d'épines et au colibri" (1940) et "La table dressée" ( 1940) permettent à Frida d'associer sa douleur à celle du Christ. Elle a alors 33 ans.

Quand sa santé s'aggrave de façon irréversible , elle peint " Le Petit Cerf" , son autoportrait en cerf blessé.


Lepetitcerf

 

" Mon corps : La partie la plus importante de mon corps, c'est le cerveau. Je ne suis pas idiote, mais j'ai une très mauvaise mémoire et je suis très sensible. Ma santé me donne du fil à retordre. Je ne me considère pas comme quelqu'un de très faible, mais j'aimerais être plus forte. J'ai du mal à voir mon avenir. Tant que je ne suis pas malade, je ne peux pas y penser. Je n'ai pas d'appréhesion particulière pour ce qui pourrait m'arriver physiquement. Je ne m'inquiète ni des lésions ni des maladies.

C'est merveilleux d'avoir des yeux. Le toucher aussi est très important. De mon visage, j'aime les sourcils et les yeux, à part çà rien ne me plaît. Ma tête est trop petite. Ma poitrine ordinaire.Le sexe, normal. Pour ce qui est des jambes, une patte maigre et l'autre grosse. Aucune partie du corps n'est parfaite, et la patte droite encore moins. Et quand je marche, c'est pire. Je pense que mes caractéristiques sexuelles sont bien dévelppées. Du sexe opposé, j'ai la moustache et les traits généraux du visage. A mes yeux, la puissance sexuelle est secondaire ".

Frida Kahlo " Confidences" Salomon Grimberg  (Chêne)

 

J'avais déjà évoqué Frida, dans un arcicle que vous pouvez relire ici


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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 05:11

 

Suzanne Valadon and her sonSuzanne et son fils

 

Libre et indépendante, s'affranchissant de tous les codes sociaux et moraux, Suzanne Valadon s'accorde, contrairement à "ses aînées", comme Berthe Morisot, le droit de peindre "comme un homme" en s'écartant de sujets typiquement "féminins".

 

Issue de la classe populaire, et d'abord modèle , elle a longtemps été considérée comme une "femme légère et de petite vertu" ( son fils, Utrillo a souvent été taxé de "fou et d'alcoolique") et l'un et l'autre ont été rarement considérés comme des "Peintres majeurs"...


Pourtant :

En 1894, Suzanne Valadon fut la première femme admise à la Société Nationale des Beaux-Arts et l'une des premières à être reconnue en tant qu'artiste.

 

Elle deviendra de fait une icône de l'émancipation de la femme.

 

D'un esprit libre, et souvent "bizarre", elle poussait son sens de la perfection en travaillant durant plusieurs années ses tableaux avant de les exposer,

Peintre autodidacte, atypique, elle était connue pour ses manies telles qu'avoir une chèvre dans son atelier pour lui donner à manger ses mauvais dessins ou encore nourrir ses chats avec du caviar le vendredi.

 

Dès ses débuts, Suzanne Valadon rencontre du succès auprès de ses amis peintres et Degas lui lancera même un : « Vous êtes l'une des nôtres ! ».

Elle réussit rapidement à vivre de sa peinture et à se mettre à l'abri financièrement, elle et Maurice.


"Elle  et Maurice" :

en effet, l'histoire de Suzanne Valadon, c'est aussi l'histoire d'une des plus curieuses associations de l'histoire de l'art.

L'histoire d'une mère et de son fils, à la fois complémentaires et antagonistes.

Deux êtres réunis et séparés par un trop plein d’amour et d’admiration mutuelle.

Deux peintures, deux styles diamétralement opposés.   

 

L'une propose en effet une peinture aux lignes nettes, aux couleurs vives principalement composées de nus, de portraits et de natures mortes ; une peinture colorée, vivante, attachée aux sujets humains.

L'autre choisit de représenter des " déserts urbains", des ruelles vides, des maisons fermées comme enveloppées de brume.

  valadon3

De plus, comme si le succès des deux artistes ne pouvait coexister ; c'est lorsque son fils commence son ascension vers le succès, en 1933, qu'elle s'éclipse et stoppe presque toute sa production, elle devient « conseillère ».

Puis brutalement après sa période faste, Utrillo décline : il passe du statut de peintre reconnu à celui de peintre médiocre. S'enfermant dans ses paysages urbains, il peine à se renouveler ; alors, c'est à ce moment que Suzanne reprend le flambeau, et retrouve sa production d'antan puis la surpasse de loin.

 

Elle fera de nombreuses expositions dont une particulière chez Berthe Weill en 1915. 

En 1923, Valadon, Utrillo et Utter s'installent au château de Saint-Bernard dans le Beaujolais qu'ils ont acheté.
Ils feront des expositions de groupe en Hollande et à New-York.

Son succès devient international .
 En 1936-1937, l'état lui achète plusieurs oeuvres importantes.

 

 

Actuellement, ses œuvres sont conservées dans de nombreux musées, dont le Musée National d'Art Moderne, le Centre Georges Pompidou à Paris, le Metropolitan Museum of Art à New York, le Musée de Grenoble, le Musées des beaux arts de Lyon.

 

 

J'espère que vous aurez pris plaisir à "faire la connaissance" de Suzannne.

Pour tout revoir :

je vous ai parlé de sa vie ici

de ses débuts de modèle, ,

de son travail de peinture, ...

et avec ce " dernier chapitre"....

j'espère que vous aurez appris à la connaître et l'apprécier.

Reste à copier l'une de ses oeuvres pour rentrer davantage dans son univers !!!....

 

 

Et pour vous mettre dans l'ambiance :

 

 

Et la retrouver :

-"Suzanne Valadon" Jacques Champion chez Fayard

- "Les escaliers de Montmartre" Tome 1 - Michel Peyramaure - Robert Laffont

et toujours

- " Une histoire des femmes peintres de Clarisse Nicoïdski
 dont je vous parle régulièrement

.... connaissez vous d'autres écrits, d'autres lectures à nous conseiller ?

 

 

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 09:58

 

 

 

valadon-suzanne-autoportrait1917"Autoportrait"1917

 

  « Que des hommes m’aient aimée, soit. Mais je veux être aimée des hommes qui ne m’auront jamais vue, qui demeureront à rêver et à m’imaginer devant un carré de toile où, avec mes couleurs, j’aurai laissée un peu de mon âme »

Suzanne Valadon 

 

 

Les premiers pas artistiques de Suzanne Valadon ( qui s'appelle encore Marie-Clémentine) sont ceux d’une dessinatrice.


1908Valadon1908

 

Dès 1883, ses premières oeuvres, à la mine de plomb, au fusain, à la sanguine sont inspirées par ses modèles familiers (son fils, sa mère, elle-même, Miguel Utrillo...)...

L’influence d’Edgar Degas, qui l'encourage se retrouve dans une étude de danseuses au pastel, mais aussi dans les nombreux nus « à la toilette », sans pour autant effacer le caractère propre, et fort, de ce talent qui s'annonce.


Les années passent, la peinture à l’huile l’occupe exclusivement.

Les thèmes principaux de Suzanne ?


- De nombreuses études de fleurs, de bouquets surtout,  des natures mortes, et des paysages aux couleurs vibrantes.


valadon 3valadon15valadon03

- Mais ses premières expositions au début des années 1890 comportaient principalement des portraits, et des autoportraits... magnifiques!

C’est une portraitiste !

 Et elle peint ainsi les visages de ceux qui l'entoure et qu'elle aime : son fils « à la palette » ou « au chevalet », ses amants ( tel "Erik Satie), sa mère ... elle-même....


78690 ValadonUtrillo

Utrillo

SuzanneValadon-Portraitd'ErikSatieErik Satie

ValadonAutoportraitAutoportrait


- Mais Suzanne est aussi et je dirai surtout connue, pour ses nus.

Loin de ceux peints par Berthe Morisot ou Marie Cassat (ici), elle sera la première femme à peindre des nus ... en "vrai peintre".

De plus, elle se représente souvent dans ses tableaux, n'hésitant pas l'âge avançant à se représenter avec un corps et un visage" fatigué".

Elle "emprunte" à Gauguin et à cette époque "avant gardiste" , avec ces cernes et ces couleurs ... mais elle annonce aussi , comme dans "La chambre bleue" ( 1923) les mises en espace de Matisse avec "personnage et décoration" : avec non pas une recherche d' "effets réalistes "  mais des juxtapositions et des aplats.

 

 

num_risation0024

La Lune et Le soleil ou La brune et la Blonde, 1903

Cette composition, un de ses plus anciens tableaux de nus, caractéristique de l'époque où, tout en subissant l'influence de Puvis et de Gauguin, Valadon élabore un style personnel.


valadon 1"La chambre bleue"1923

 

Et quelques tableaux... parmi bien d'autres....


Nu assis sur un divan de Suzanne Valadon 1922..

SuzanneValadonNusvaladonvaladon06valadon1922grandnuvaladon 2

Valadon, Reclining NudeValadon-nu à la draeValadon-Nu


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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 08:41

 

" Son chapeau, ses lunettes, ses gros bas, son chandail et son imperméable lui prêtaient une allure masculine qui m'intimidait presque, et ce que je pouvais savoir de cette singulière créature n'était point pour me rassurer. C'était une petite femme très vive, très volubile qui apportait aux moindres discussions une passion extraordinaire. Ses démêlés avec les commerçants de la butte dégénéraient presque toujours en querelle ou en éclats de rire. Un rire étrange qui, lorsqu'elle avait, selon ses propres termes, "le boyau à la rigolade", vous déchirait le tympan -

Carco dans "l'Ami des peintres "-1944-

 

 Cette silhouette, ce "portrait", c'est celui d'une Suzanne "plus toute jeune"!....

 

Mais, Suzanne, avant d'être peintre...elle était, elle "est" modèle...

 

 

SuzanneValadon

Et vous ne connaissez qu'elle !...


 

Quelques exemples ?


Par Puvis de Chavannes :


Dans "le bois sacré"


Bois sacré Puvis de Chavannes

Puvis de Chavannes, Pierre (1824-98) Suzanne Valadon 1880

 

Par Toulouse Lautrec :


"La buveuse"

 

Portrait de Suzanne Valadon par Henri de Toulouse-Lautrec

 

"Suzanne à la fenêtre"


Valadon par Toulouse Lautrec

"Femme rousse de dos"


ValadonToulouseLautrec

 

Par Renoir :je dirais " évidemment"!!!


"Danse à la ville"


valadon01

"Danse à Bougival"


DanseàBougivalRenoir

 

"L'une des baigneuses"( la brune)


Les Baigneuse-Renoir

"Des portraits"


Valadon par Renoi

Pierre-Auguste-Renoir-Girl-Braiding-Her-Hair-(Suzanne-Valad

Suzanne par Renoir

 

Je vous l'ait dit, vous ne connaissez qu'elle !!!...

Amusez vous à la retrouver dans d'autres tableaux ...

elle est facilement reconnaissable...

(Pour relire "sa vie"...ici!)

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 07:34

 

Après avoir fait "la rencontre" de Marie Bashkirtseff (voir ici), « femme de tempérament » qui nous a laissé, malgré une vie trop courte, un journal riche d'enseignements, notamment sur la vie des femmes de son époque, et une œuvre picturale forte, peinte sans mièvrerie, allons à la rencontre maintenant, d'une autre femme à la jonction de ce 19e et 20e siècle.

Une autre femme, possédant un caractère que l'on pourrait comparer à celui de Marie, mais qui naît loin des milieux bourgeois et aristocrates, auxquels Marie appartient, et loin surtout de l'univers « douillet » de Berthe Morisot ou Marie Cassat...

La vie des gens du peuple à la fin du 19e siècle, est très difficile. Les enfants travaillent dans les usines, et souvent meurent par accident, broyés par les machines. La guerre de 1870 fera de nombreux morts et d'invalides.

C'est dans cette époque et ce milieu, "milieu" que peint Marie, celui des gens du peuple et des "enfants des rues" que vient Suzanne Valadon.

Fille d'une blanchisseuse, elle n'a pas connu son père et grandit avec les autres gamins des rues. Ces gamins des rues, si bien représentés dans un tableau de Marie.



Le Meeting

"Un meeting" - Marie Bashkirtseff
1884 - huile sur toile 195 x 177 cm
Musée d'Orsay - Paris

 

Suzanne Valadon (1865 - 1938), naît en fait, Marie-Clémentine Valade, le 23 novembre 1865 à Bessines-sur-Gartempe (à une trentaine de kms de Limoges). 




Mais, en 1870, lors de la guerre avec la Prusse, puis lors de la commune, mère et fille se fixent à Montmartre où c'est encore la campagne ; pas seulement « quartier des plaisirs », on y rencontre le « petit peuple » ; et le quartier, la nuit n'est pas très sûr.

Des artistes s'y installent, car ils sont souvent très pauvres. 

 

Madeleine, le jour femme de ménage, et le soir repasseuse, a peu de temps pour s'occuper de sa fille ; elle la confie à une concierge, puis à sa fille aînée et enfin au monastère saint Jean à Montmartre.

Marie Clémentine, curieuse mais indisciplinée, fréquente une école religieuse où on la supporte assez mal et dès l'âge de 10 ou 12 ans, doit gagner sa vie.

Elle exerce de nombreux petits métiers : serveuse de café, bonne à tout faire, "acrobate - trapéziste" dans un cirque ambulant, elle réalise alors un rêve d'enfant, mais à 15 ans, ... une chute met fin à sa carrière.


Son passe-temps : le dessin.

 

Elle aide sa mère, et c'est en portant le linge chez les clients... qu'elle fréquentera le milieu artistique de Montmartre, et sera ainsi à l'écoute de discussions sur l'art "d'avant-garde"...

C'est ainsi qu'elle rencontre le peintre  Puvis de Chavannes.

Elle devient son modèle...

Puis pose pour Renoir,dont elle devient la maîtresse.


Valadon par Renoi "Suzanne Valadon" par Renoir


Elle a beaucoup "d'admirateurs" dont un certain Miguel Utrillo y Molins, un aristocrate espagnol homme de lettres et critique d'art.

A 18 ans, elle met au monde un fils dont elle ne sait pas qui est le père; Maurice  naît le 26 décembre 1883.



Valadon et son fils

 

Elle continue de gagner sa vie comme modèle

et fait aussi des dessins

notamment des portraits à la mine de plomb, au fusain ou à la sanguine.
 

Miguel Utrillo s'intéresse à Maurice, et il lui rend très souvent visite alors que Marie Clémentine vit toujours chez sa mère.

En 1886, elles emménagent dans la "maison- atelier" d'Henri de Toulouse Lautrec.

 

Marie Clémentine plaît beaucoup à Henri et il en fait très vite son modèle...

Ainsi que sa maîtresse.



Valadon par Toulouse Lautrec"Suzanne Valadon" par Henri de Toulouse Lautrec

 

Elle l'accompagne partout, notamment la nuit et c'est Toulouse Lautrec qui lui donne le prénom de Suzanne parce qu'elle pose nue pour des peintres plus âgés.

 

("Suzanne et les vieillards"ou "Suzanne et les deux vieillards" ou encore "Suzanne au bain" est un épisode biblique racontant qu'une jeune femme, Suzanne, surprise alors qu'elle prend son bain, refuse les propositions malhonnêtes de deux vieillards qui l'accusent alors d'adultère et la font condamner à mort. Mais le jeune prophète Daniel survient, prouve son innocence et fait condamner les vieillards... c'est un sujet souvent peint par de nombreux artistes; "Artemisia" , que nous avons déjà rencontré en a fait une version, dans laquelle elle s'est elle-même représentée en Suzanne)


Mais revenons à Marie-Clémentine... enfin, à Suzanne  désormais.....

 

En découvrant par hasard quelques-uns de ses dessins,  

Toulouse Lautrec lui conseille de les montrer à Degas

qui, très enthousiaste, la prend comme élève ; elle devient sa protégée.

Elle ne posera jamais pour lui.

Or il sera celui qui l'admirera le plus et il lui achète nombre de ses œuvres.


En 1888,Toulouse Lautrec apprend que Suzanne veut l'épouser, il rompt...Elle tente alors de se suicider...
En 1892, elle est la maîtresse d'Erik Satie  puis de Paul Muzy,



valadon03

"L'église de Belgodère"

Suzanne Valadon

 

Elle commence la peinture à l'huile à la même époque.

Valadon fait le portrait des hommes qui traverse son existence,

tel Erik Satie.

Elle commence à connaître le succès parmi ses amis peintres.

Elle expose en 1894 à la société nationale des beaux-arts.

En 1897, Ambroise Vollard  publie son œuvre gravée,

c'est déjà une forme de consécration.


Miguel Utrillo reconnaît Maurice comme son fils même si ce dernier le déteste.
En 1896, Suzanne épouse Paul Muzy; ils s'installent en haut de la butte Montmartre et la situation confortable de son mari permet à Suzanne de se consacrer entièrement à la peinture.



valadon05"Portrait de Maurice Utrillo"-

Suzanne Valadon - 1921

 

Elle apprend la gravure avec Degas et expose régulièrement.

 

Maurice vit toujours avec sa grand-mère; il a 13 ans, boit déjà,et est insupportable. A 16 ans il sera interné à Sainte-Anne suite à ces problèmes.

Il avoue à qui veut l'entendre que sa mère est la plus grande et la plus belle, il admire tant son génie qu'il est prêt à devenir son élève. Elle se charge d'initier Maurice au dessin et à la peinture, et à sa sortie de l'hôpital, Suzanne l'oblige à peindre pour l'occuper...Mais il continue à boire et son beau-père le met à la porte.

A l'âge de 44 ans, Suzanne quitte son mari après 13 ans de mariage pour vivre avec André Utter, un ami de son fils à qui elle avait demandé de poser pour son tableau "Adam et Eve", où elle se représente elle-même en tant qu'Eve. Il a 23 ans.



valadon02

"Adam et Eve" - Suzanne Valadon-1909

 

Suzanne, Maurice, André choquent leur entourage par des comportements excentriques autodestructeurs dans une sorte de "trinité maudite".

 

Les critiques sont favorables pour Suzanne, elle expose mais ne vend pas beaucoup.

Les peintures de Maurice sont de plus en plus en faveur mais il les échange souvent contre de la boisson.



valadon04"Le lancement du filet"

Suzanne Valadon

 

En 1912, il rentre à nouveau en cure de désintoxication.

C'est la guerre, André Utter est envoyé au front (elle l'épouse en 1914). 

Madeleine décède et Suzanne se retrouve seule et sans ressources. Pendant la guerre, elle fait alors les moissons en Beauce ou vend des gouaches en échange de nourriture.

  La guerre finie, elle reprend ses activités picturales.

Elle expose notamment chez Berthe Weill mais vend peu, au contraire de son fils.

En 1911 elle fait une exposition particulière chez Clovis Sagot.

C'est le début d'une carrière qui va lui permettre d'être connue à l'étranger :

elle expose en groupe aussi à Munich.

Suzanne Valadon-Utrillo et Utter "Valadon - Utter-Utrillo" 1920
 

Maurice fait encore un séjour à l'asile dont il s'échappe, et Suzanne et André décident de le prendre à nouveau chez eux. Ils n'arrivent pas à l'empêcher de boire mais Utter gère les affaires d'Utrillo et "l'argent revient".

Ils vivent ainsi une vie de luxe grâce à la vente des tableaux d'Utrillo qui atteignent des sommes très importantes. Ils achètent même un château dans l'Ain.



valadon06

" La poupée abandonnée" 1921

Suzanne Valadon

 

Vu le succès de l'œuvre de Suzanne, une rétrospective est organisée,

puis en 1932 une importante exposition avec un catalogue préfacé par Edouard Herriot. Mais les ventes sont quasiment nulles.

 

Le mariage de Suzanne va mal, Utter s'en va. En 1935, hospitalisée suite à une crise aiguë d'urémie, elle devient très faible.

Elle fait alors la connaissance de Lucie Valore, une veuve de banquier belge qui lui tient compagnie.

Voyant que Suzanne se demande qui s'occupera de son fils après sa mort, elle propose d'épouser ce dernier. L'idée d'abord amuse Suzanne, mais très vite elle comprend qu'elle va y perdre tout le confort auquel elle est habituée. Utter proteste aussi... Sans résultat. Maurice épouse Lucie deux ans après.

Suzanne se retrouve seule et recommence à visiter les bistros.

Elle y rencontre son dernier grand ami, le peintre Ghazi...

Elle vieillit, sa production diminue

et elle meurt le 17 avril 1938 d'une congestion cérébrale,

entourée de ses amis : Picasso, Braque, Derain...

Utrillo, pris d'une crise nerveuse n'assistera pas aux obsèques.

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 20:24

 

Une nouvelle rencontre !

 

 

Marija Konstantinovna Bashkirtseva naît le 24 novembre 1858 à Gavronzi, en Ukraine.

Ses parents étant séparés, elle vit avec sa mère … et tout un environnement familial : son grand-père, sa tante, son oncle, son frère cadet Paul, sa cousine Dina et un médecin, ami de la famille. Après avoir séjourné à Vienne, Baden et Genève, tout ce petit monde s'installe à Nice.

Marie a 12 ans.

Dès l'âge de 14 ans (en 1872), Marie commence à rédiger un journal . Journal qu'elle tiendra jusqu'à 11 jours avant sa mort : le 20 octobre 1884.

Elle n'a pas 26 ans !

  journal

Le journal de Marie est remarquable à plus d'un titre ; véritable « photographie » de sa famille et en cette «  fin de siècle », des milieux mondains, politiques, bourgeois, aristocratiques et artistiques de l'époque.

Elle s'y fait critique :

de peinture, de musique, de littérature, ...de mode.

Elle y relate des événements, tels de « petits reportages ».

Elle y dévoile toutes ses pensées les plus intimes.

Ce journal « sans pudeurs » où Marie dit tout sur tout a fortement été censuré par sa famille et plusieurs pages du manuscrit ont été arrachées lors des premières éditions.( Récemment il a été reconstitué en grande partie, et réédité)


Autoportrait (1)

Autoportrait à la palette
1882 - Huile sur toile, 92 x 73 cm
Musée Jules Chéret - Nice

 

Mais , me direz-vous, ne parlons nous pas actuellement de « femmes peintres »?

Marie Bashkirtseff, n'est-elle pas l'une des leurs ?

Est-elle écrivain?

Il faut dire en effet que, presque plus que ses toiles, ses écrits sont importants, brossant le portrait d'une époque et relatant la condition des femmes et de leurs « batailles » pour accéder aux mêmes droits que les hommes notamment dans le monde de l'art.

 

Marie, est un personnage à multiples facettes, aux multiples talents, mais est aussi un personnage «  hors norme »... excessive, … narcissique...

Son cas est d'ailleurs régulièrement cité dans les études sur le narcissisme et l'hystérie.

En effet, Marie Bashkirtseff « s'aime » beaucoup ( par exemple, elle désire poser nue dans l'atelier « des messieurs » parce que rien n'est plus beau que son corps. « C'est un vrai péché, une infamie de ne pas me faire sculpter ou peindre. De pareilles beautés, c'est comme un musée ouvert à tout le monde » dit-elle)

Mais elle dit aussi « n'être rien » et « vouloir tout », traumatisée par l'idée de mourir sans avoir connu la gloire et être oubliée par la postérité.

 

Talentueuse et excessive.


Très jeune, elle étudie l'anglais, l'allemand, l'italien, le grec, le latin et, … en même temps, joue du piano, de la harpe et apprend le chant. Elle a une voix magnifique ; mais,très tôt, la tuberculose, affecte sa voix, et en 1880, son oreille.

Son espoir de carrière musicale est désormais brisé.


Elle décide alors de commencer à peindre. Elle pousse alors sa famille à vendre la villa de Nice et à déménager sur Paris. Elle veut commencer ses études à l'École des Beaux-Arts.

Elle a 19 ans.

Celle-ci étant alors interdite aux femmes, elle s'inscrit à l'Atelier Julian (seule école offrant aux femmes artistes un enseignement de même niveau) Elle y devient l'élève de Tony Robert-Fleury, et de Jules Bastien-Lepage.


atelier

L'atelier Julian
1881 - huile sur toile 145 x 185 cm
Musée de Beaux-Arts - Dniepropetrovsk - Ukraine

 

Marie est une aristocrate avec des idées républicaines, tendre et sensible, mais ironique, voire caustique, colérique et violente ; très intellectuelle mais « frivole »; aimant les mondanités mais aussi la solitude et l'étude.

 

 

Ses toiles sont peintes sans « mièvrerie », d'une manière solide et forte qui contrastent avec l'élégance de Marie et le raffinement extrême de son quotidien et de son milieu.

Elle choisit de devenir le peintre de la rue et de la misère, voulant être « le Jules Bastien-Lepage des villes ». Ce monde pictural personnel et original, très influencé par le naturalisme est en fait le reflet de sa personnalité excessive toute en contradictions.


Le Meeting

Un meeting
1884 - huile sur toile 195 x 177 cm
Musée d'Orsay - Paris

 

Elle participera au Salon avec un portrait de sa cousine Dina : elle signe Maria Constantinowa Russ.

En 1881, elle publie différents articles dans la revue féministe "La citoyenne", sous le pseudonyme de Pauline Orrel.

Elle fait un voyage en Espagne et signe ses toiles du pseudonyme Andrey.

 

De la même façon, sa vie amoureuse sera une succession d'idylles brèves et souvent malheureuses.


Bashkirtseff

Le parapluie
1883 - Huile sur toile 74 x 93 cm
Musée d'Etat Russe - Saint Petersbourg

 

L'oeuvre de Marie Bashkirtseff, qui n'appartenait pas au monde « impressionniste » souffrit de l'ostracisme qui frappa l'art traditionnel de la fin du XIXe siècle (" l'art académique" ou "officiel") et pendant la deuxième guerre mondiale une grande partie de ses toiles furent détruites.

Seules une soixantaine nous sont parvenues.

Ses écrits sont toujours à découvrir.

 

   " Baïskirceva Mariâ Konstantinovna " au Mercure De France.

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