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Un blog pour les passionnés de dessin, de peinture, et d' arts plastiques.
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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 07:34

 

Après avoir fait "la rencontre" de Marie Bashkirtseff (voir ici), « femme de tempérament » qui nous a laissé, malgré une vie trop courte, un journal riche d'enseignements, notamment sur la vie des femmes de son époque, et une œuvre picturale forte, peinte sans mièvrerie, allons à la rencontre maintenant, d'une autre femme à la jonction de ce 19e et 20e siècle.

Une autre femme, possédant un caractère que l'on pourrait comparer à celui de Marie, mais qui naît loin des milieux bourgeois et aristocrates, auxquels Marie appartient, et loin surtout de l'univers « douillet » de Berthe Morisot ou Marie Cassat...

La vie des gens du peuple à la fin du 19e siècle, est très difficile. Les enfants travaillent dans les usines, et souvent meurent par accident, broyés par les machines. La guerre de 1870 fera de nombreux morts et d'invalides.

C'est dans cette époque et ce milieu, "milieu" que peint Marie, celui des gens du peuple et des "enfants des rues" que vient Suzanne Valadon.

Fille d'une blanchisseuse, elle n'a pas connu son père et grandit avec les autres gamins des rues. Ces gamins des rues, si bien représentés dans un tableau de Marie.



Le Meeting

"Un meeting" - Marie Bashkirtseff
1884 - huile sur toile 195 x 177 cm
Musée d'Orsay - Paris

 

Suzanne Valadon (1865 - 1938), naît en fait, Marie-Clémentine Valade, le 23 novembre 1865 à Bessines-sur-Gartempe (à une trentaine de kms de Limoges). 




Mais, en 1870, lors de la guerre avec la Prusse, puis lors de la commune, mère et fille se fixent à Montmartre où c'est encore la campagne ; pas seulement « quartier des plaisirs », on y rencontre le « petit peuple » ; et le quartier, la nuit n'est pas très sûr.

Des artistes s'y installent, car ils sont souvent très pauvres. 

 

Madeleine, le jour femme de ménage, et le soir repasseuse, a peu de temps pour s'occuper de sa fille ; elle la confie à une concierge, puis à sa fille aînée et enfin au monastère saint Jean à Montmartre.

Marie Clémentine, curieuse mais indisciplinée, fréquente une école religieuse où on la supporte assez mal et dès l'âge de 10 ou 12 ans, doit gagner sa vie.

Elle exerce de nombreux petits métiers : serveuse de café, bonne à tout faire, "acrobate - trapéziste" dans un cirque ambulant, elle réalise alors un rêve d'enfant, mais à 15 ans, ... une chute met fin à sa carrière.


Son passe-temps : le dessin.

 

Elle aide sa mère, et c'est en portant le linge chez les clients... qu'elle fréquentera le milieu artistique de Montmartre, et sera ainsi à l'écoute de discussions sur l'art "d'avant-garde"...

C'est ainsi qu'elle rencontre le peintre  Puvis de Chavannes.

Elle devient son modèle...

Puis pose pour Renoir,dont elle devient la maîtresse.


Valadon par Renoi "Suzanne Valadon" par Renoir


Elle a beaucoup "d'admirateurs" dont un certain Miguel Utrillo y Molins, un aristocrate espagnol homme de lettres et critique d'art.

A 18 ans, elle met au monde un fils dont elle ne sait pas qui est le père; Maurice  naît le 26 décembre 1883.



Valadon et son fils

 

Elle continue de gagner sa vie comme modèle

et fait aussi des dessins

notamment des portraits à la mine de plomb, au fusain ou à la sanguine.
 

Miguel Utrillo s'intéresse à Maurice, et il lui rend très souvent visite alors que Marie Clémentine vit toujours chez sa mère.

En 1886, elles emménagent dans la "maison- atelier" d'Henri de Toulouse Lautrec.

 

Marie Clémentine plaît beaucoup à Henri et il en fait très vite son modèle...

Ainsi que sa maîtresse.



Valadon par Toulouse Lautrec"Suzanne Valadon" par Henri de Toulouse Lautrec

 

Elle l'accompagne partout, notamment la nuit et c'est Toulouse Lautrec qui lui donne le prénom de Suzanne parce qu'elle pose nue pour des peintres plus âgés.

 

("Suzanne et les vieillards"ou "Suzanne et les deux vieillards" ou encore "Suzanne au bain" est un épisode biblique racontant qu'une jeune femme, Suzanne, surprise alors qu'elle prend son bain, refuse les propositions malhonnêtes de deux vieillards qui l'accusent alors d'adultère et la font condamner à mort. Mais le jeune prophète Daniel survient, prouve son innocence et fait condamner les vieillards... c'est un sujet souvent peint par de nombreux artistes; "Artemisia" , que nous avons déjà rencontré en a fait une version, dans laquelle elle s'est elle-même représentée en Suzanne)


Mais revenons à Marie-Clémentine... enfin, à Suzanne  désormais.....

 

En découvrant par hasard quelques-uns de ses dessins,  

Toulouse Lautrec lui conseille de les montrer à Degas

qui, très enthousiaste, la prend comme élève ; elle devient sa protégée.

Elle ne posera jamais pour lui.

Or il sera celui qui l'admirera le plus et il lui achète nombre de ses œuvres.


En 1888,Toulouse Lautrec apprend que Suzanne veut l'épouser, il rompt...Elle tente alors de se suicider...
En 1892, elle est la maîtresse d'Erik Satie  puis de Paul Muzy,



valadon03

"L'église de Belgodère"

Suzanne Valadon

 

Elle commence la peinture à l'huile à la même époque.

Valadon fait le portrait des hommes qui traverse son existence,

tel Erik Satie.

Elle commence à connaître le succès parmi ses amis peintres.

Elle expose en 1894 à la société nationale des beaux-arts.

En 1897, Ambroise Vollard  publie son œuvre gravée,

c'est déjà une forme de consécration.


Miguel Utrillo reconnaît Maurice comme son fils même si ce dernier le déteste.
En 1896, Suzanne épouse Paul Muzy; ils s'installent en haut de la butte Montmartre et la situation confortable de son mari permet à Suzanne de se consacrer entièrement à la peinture.



valadon05"Portrait de Maurice Utrillo"-

Suzanne Valadon - 1921

 

Elle apprend la gravure avec Degas et expose régulièrement.

 

Maurice vit toujours avec sa grand-mère; il a 13 ans, boit déjà,et est insupportable. A 16 ans il sera interné à Sainte-Anne suite à ces problèmes.

Il avoue à qui veut l'entendre que sa mère est la plus grande et la plus belle, il admire tant son génie qu'il est prêt à devenir son élève. Elle se charge d'initier Maurice au dessin et à la peinture, et à sa sortie de l'hôpital, Suzanne l'oblige à peindre pour l'occuper...Mais il continue à boire et son beau-père le met à la porte.

A l'âge de 44 ans, Suzanne quitte son mari après 13 ans de mariage pour vivre avec André Utter, un ami de son fils à qui elle avait demandé de poser pour son tableau "Adam et Eve", où elle se représente elle-même en tant qu'Eve. Il a 23 ans.



valadon02

"Adam et Eve" - Suzanne Valadon-1909

 

Suzanne, Maurice, André choquent leur entourage par des comportements excentriques autodestructeurs dans une sorte de "trinité maudite".

 

Les critiques sont favorables pour Suzanne, elle expose mais ne vend pas beaucoup.

Les peintures de Maurice sont de plus en plus en faveur mais il les échange souvent contre de la boisson.



valadon04"Le lancement du filet"

Suzanne Valadon

 

En 1912, il rentre à nouveau en cure de désintoxication.

C'est la guerre, André Utter est envoyé au front (elle l'épouse en 1914). 

Madeleine décède et Suzanne se retrouve seule et sans ressources. Pendant la guerre, elle fait alors les moissons en Beauce ou vend des gouaches en échange de nourriture.

  La guerre finie, elle reprend ses activités picturales.

Elle expose notamment chez Berthe Weill mais vend peu, au contraire de son fils.

En 1911 elle fait une exposition particulière chez Clovis Sagot.

C'est le début d'une carrière qui va lui permettre d'être connue à l'étranger :

elle expose en groupe aussi à Munich.

Suzanne Valadon-Utrillo et Utter "Valadon - Utter-Utrillo" 1920
 

Maurice fait encore un séjour à l'asile dont il s'échappe, et Suzanne et André décident de le prendre à nouveau chez eux. Ils n'arrivent pas à l'empêcher de boire mais Utter gère les affaires d'Utrillo et "l'argent revient".

Ils vivent ainsi une vie de luxe grâce à la vente des tableaux d'Utrillo qui atteignent des sommes très importantes. Ils achètent même un château dans l'Ain.



valadon06

" La poupée abandonnée" 1921

Suzanne Valadon

 

Vu le succès de l'œuvre de Suzanne, une rétrospective est organisée,

puis en 1932 une importante exposition avec un catalogue préfacé par Edouard Herriot. Mais les ventes sont quasiment nulles.

 

Le mariage de Suzanne va mal, Utter s'en va. En 1935, hospitalisée suite à une crise aiguë d'urémie, elle devient très faible.

Elle fait alors la connaissance de Lucie Valore, une veuve de banquier belge qui lui tient compagnie.

Voyant que Suzanne se demande qui s'occupera de son fils après sa mort, elle propose d'épouser ce dernier. L'idée d'abord amuse Suzanne, mais très vite elle comprend qu'elle va y perdre tout le confort auquel elle est habituée. Utter proteste aussi... Sans résultat. Maurice épouse Lucie deux ans après.

Suzanne se retrouve seule et recommence à visiter les bistros.

Elle y rencontre son dernier grand ami, le peintre Ghazi...

Elle vieillit, sa production diminue

et elle meurt le 17 avril 1938 d'une congestion cérébrale,

entourée de ses amis : Picasso, Braque, Derain...

Utrillo, pris d'une crise nerveuse n'assistera pas aux obsèques.

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commentaires

Christine 26/02/2011 08:14



Ce qui m'intéressait cette année, avec les sujets que nous travaillons avec L'Ocre Bleu, c'est de découvrir " en filigrane" ces femmes qui ont fait l'histoire de la peinture. Pour un métier
grandement réservé aux hommes, elles ont conquis peu à peu le droit de s'exprimer et d'être reconnues... même si beaucoup ont disparu de nos livres d'histoire de l'art.Mettre le projecteur sur
quelques figures emblématiques, permet de rencontrer souvent des personnes au destin exceptionnel à diverses époques, depuis l'antiquité jusqu'à nos temps contemporains et qui viennent de tous
les milieux.


Même si en faisant un choix de quelques unes... on en oublie beaucoup d'autres !



sittelle 25/02/2011 14:46



C'est une biographie très complète, merci Christine; j'avais lu une sorte de roman mais qui n'a rien à voir avec ton récit. Son pauvre fils ... mais la vie était terrible à Paris pour les gens
pauvres à cette époque. Elle peut-être cotoyé Louise Michel, c'est à peu près les mêmes quartiers. Il y a de quoi être révolutionnaire quand on  voit ces conditions de vie des femmes... Mes
amitiés, bon week-end !